Ali Dilem

Nous étions nombreux, ils l’étaient aussi. C’était la journée dédicace au 27 rue saint Guillaume. Des centaines d’auteurs, de tous les âges, pour tous les goûts, étaient présents : du romancier au poète, du dramaturge au caricaturiste… de O. Duhamel à F. Zeller en passant par J. d’Ormesson, ou encore, par Plantu ou DILEM. En retard, joufflu, bronzé, le sourcil arrogant, le regard noir indifférent, machiste et grossier, il rejeta les cadeaux et à peine encore arrivé il demandait déjà à partir. Aucune comparaison avec le bonhomme méditerranéen sympathique participant activement à l’émission Kiosque de Tv5 et ayant gagné le trophée de la liberté de la presse en 2006. En tant que son assistante pour la soirée, j’eu droit à ses lamentations du fait d’être assis à côté de Plantu, à son air pressé et blasé continu et aux remarques déplacées sur mon décolleté.

C’est donc au « plus irrévérencieux » des caricaturistes algériens comme il était indiqué sur son dernier chef-d’œuvre,   que j’ai fait mon interview.

A.P : Vous êtes d’origine Algérienne, percevez-vous une différence significative au niveau du jeu d’expression de la langue au moment de faire des caricatures, par rapport au français ?
Dilem : Le Français se prête plus au jeu de mot. Je suis assez francophone d’ailleurs, j’ai fait mes études en France. J’écris donc toujours en Français, même en Algérie. L’Arabe ne se prête pas tellement à l’élasticité d’humour.

A.P : Considérez –vous qu’il y a des limites à la liberté d’expression ? Si oui, lesquelles ?
D : Ca dépend. Le mot « limite » est un concept élastique et n’est pas le même en Algérie ou en France. Ce qui est tabou aujourd’hui le sera moins ou plus du tout demain. C’est le jeu de la caricature… et dans tout d’ailleurs. M’Enfin en général, les régimes, les politiciens… ça les dérange le niveau de liberté d’expression.

A.P : Donc vous pensez qu’on vous pose des limites.
D : Les limites sont la. C’est un état de fait ; en Algérie, on ne parle pas de sexe, religion, on ne doit pas dessiner le président de la République…mais il y a un pas vers l’ouverture : Dans les années 90’s j’ai dessiné le Président de la République. Encore heureux que y a des gens qui secouent l’ordre établit ! Ce qu’on veut bien sûr c’est de rendre la société perméable à la liberté d’expression !

A.P : Qu’est-ce qui vous a donné le goût pour la caricature ?
D : Il est du à l’esprit de révolte qui suit les émeutes en Algérie. J’étais dans la jeunesse qui demandait plus de libertés. Le premier dessin sur le président a eu un succès fou. J’ai eu la chance d’être dans un pays où la jeunesse ne s’exprime pas beaucoup. Un caricaturiste qui puisse ridiculiser, c’est nouveau, y a un esprit de révolte.

A.P : Comment faites-vous pour combiner l’humour sur des thèmes aussi violents que le terrorisme, le krach boursier … ?
D : On peut rire de tout. Rien ne nous freine, tout est dans la façon de faire. Ne pas être un véhicule de haine c’est la clé, l’humour doit être salvateur.

A.P : Vous a-t-on déjà menacé ? Censuré ?
D : Oui. Pas de censure, le journal me suit à fond, mais j’ai eu environ 50 procès en Algérie pour mes dessins.

A.P : Etes vous paru dans des journaux hispanophones ? D’autres journaux étrangers ?
D : Pas espagnols, c’est une langue vulgaire, mais j’ai aussi fait des caricatures en anglais et en italien pour le magazine  Internazionale.

A.P : Le cycle ibéro-américain vous remercie.

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Alice PAPPAS

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