Les Franco-français, des étrangers au Chaboureau

Ces étudiants passent parfois inaperçus, il y en a à peu près une dizaine en première année. Mardi dernier, à la salle Mafalda, j’ai rencontré plusieurs Franco-français pour parler de leur expérience à Poitiers. À six mois de leur arrivée, le bilan est clair : le début n’a pas du tout été simple, mais ils ne regrettent pourtant pas d’être ici.

L’hétérogénéité de notre campus fait la fierté de l’administration, en revanche, elle semble négliger les Français, tous normaux, qui n’ont jamais habité à l’étranger et qui doivent rester motivés face aux origines exotiques de leurs camarades. Leur séjour à Poitiers n’a pas été forcement plus facile que celle des étudiants venus d’ailleurs.

Pour comprendre la situation de ces élèves, il faut d’abord savoir qui est un Franco-français, un terme redondant puisqu’ on ne peut pas détenir deux fois la même nationalité. Ce n’est pas une invention récente, donc, il peut vouloir signifier des choses différentes selon le contexte. Dans ce cas-là, ce sont tous les Français qui ont des parents français et qui n’ont jamais habité hors de France.

Un début intimidant

Laura Carpentier, inscrite au campus de Poitiers avec mention très bien, m’a expliqué comment elle a commencé à utiliser cette expression, comme un mécanisme de défense.

Lors du stage d’intégration, elle répondait « je suis franco-française » à ses camarades qui se présentaient avec des origines diverses et des parcours intimidants.

« Ils se présentaient en trois minutes et moi en trois secondes », remarque Manon Dussaud. En faisant la connaissance des Franco-brésiliens, des Franco-mexicains, les Franco-français répondaient tout simplement qu’ils étaient des… Franco-français.

On m’a raconté que pour eux, le stage d’intégration a été le moment le plus difficile. Ils ne s’attendaient pas à cette diversité. Quelques-uns étaient au courant d’une certaine pluralité culturelle, mais aucun ne s’attendait à un tel regroupement de nationalités.

Augustin Deney, le benjamin de la génération, s’en est rendu compte lors de sa première visite au campus. Smilja Dabène lui a fait la visite des locaux, et tout de suite, le mélange des langues l’a étonné.

Marjolaine Girard est une des deux « fausses » Franco-françaises —elle et Claire Bénard ont habité un an en Angleterre— qui était dans la salle Mafalda. Marjolaine était au courant de cette diversité, mais comme pour les autres, elle s’attendait à moins d’étrangers.

Claire a remarqué combien son année en Angleterre l’a mise à l’aise pour son arrivée à Poitiers. Elle signale qu’elle n’a pas eu de difficultés pour faire des connaissances : « J’avais déjà eu cette terrible sensation de n’être qu’une Française. »

« Les trois premiers mois ont été les pires », affirme Marjolaine. Son handicap le plus important est celui des langues. Pour le deuxième semestre, elle assure que le fait de faire un exposé en histoire —un cours qu’elle doit présenter forcément en espagnol—lui est « traumatisant. » Pour Lucile Tien, les cours d’histoire sont « terrifiants. »

La langue : une barrière académique et sociale

C’est pourquoi, au cours de notre conversation, on a conclu que le défi le plus important pour les Français est la langue. Même Morgan Fiette, rentré grâce à la Convention Éducation Prioritaire du lycée Edouard Branly, donc déjà familiarisée avec le campus, a été surpris par le niveau lui a été requis.

« Je le savais avant la rentrée, mais ayant de très bonnes notes en langue au lycée, je croyais que je m’en sortirai : la vie n’est faite que de désillusions », regrette Morgan.

Pour Lucile, la langue n’a pas causé de désillusions académiques, mais plutôt sociales. Pour elle, cela a posé une barrière considérable, elle confesse qu’elle n’a jamais eu autant de difficultés pour se faire des amis. En plus, « tout le monde se connaissait dès l’arrivée, par Face book. »

Cependant, les Franco-français ont su trouver la source de cette barrière. Lucile a souligné que ces barrières sont purement linguistiques et non culturelles.

« On sent qu’on voyage »

Malgré ces obstacles initiaux, ils m’ont assuré que cette expérience est très enrichissante.

« Je suis très heureuse d’être entourée de gens d’origines très diverses », m’a dit Floriane Lefebvre.

Je n’étais pas très convaincu par la sincérité de tous ces témoignages jusqu’à ce que j’aie demandé s’ils auraient préféré être à Paris. Tous, même les Parisiens, m’ont fait peur avec un « non », franc et tonique, qui en a même fait trembler les murs de Mafalda.

Rafael Millán

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