Sarkozy et la crise, selon Matthieu

Vous êtes rassurés par la nomination de Patrick Devedjian au ministère « de la relance » ? Vous pensez que celui qui a traité une adversaire politique, Anne-Marie Comparini en l’occurrence, de « salope » et que le gouvernement vont changer votre vie en vous faisant enfin sortir d’une crise qui n’a que trop duré ? Un petit retour en arrière s’impose donc : nous sommes le 26 septembre, la France vient de découvrir la crise et chacun apprend qu’à de grands noms comme Akerlof, Spence ou Solow pourrait bientôt succéder celui de Nicolas Sarkozy.

Laurence Parisot, chef de file du Medef, ne tarissait en effet pas d’éloges sur son discours du 25 septembre concernant la conjoncture économique de la France. Un de ses collaborateurs, Fréderic Lefevre pour ne pas le citer, a même l’ambition de « remettre à l’endroit le capitalisme mondial ».

Forcé de constater que, si les réformes d’encadrement du système financier international sont menées par des personnes présentant autant de failles dans leurs raisonnements économiques, ce n’est pas demain la veille que la confiance entre les agents économiques se réinstallera.
Etienne Wasmer, prof d’éco en première année de Sciences-po, pourra alors ressortir à souhait l’une de ses répliques qui a fait de lui une légende vivante: « si seulement nos dirigeants avaient suivi les cours de micro de première année ».

Tout commençait pourtant bien pour notre cher Président : il énonçait un discours dont lui seul a le secret. Il nous résumait l’histoire du monde depuis 1990 en moins de 25 secondes, il mettait en avant « les petits épargnants, les millions de foyers modestes et de retraités » en dangers, il étalait une accumulation discursive mettant sur le même rang le terrorisme, les émeutes de la faim, les drames écologiques… La sauce prenait au fur et à mesure que Sarkozy évoquait ce qu’il appelait « la fin d’un monde ».

Alors qu’il expliquait les sanctions que l’on devait instaurer à l’encontre des grands financiers on n’oubliait presque que c’est lui qui avait engagé, il y a quelques mois de cela, une loi de dépénalisation du monde des affaires ! Cette fois c’était sûr : il avait changé, en apparence du moins.

Une chose reste cependant inamovible chez lui : ses errements économiques. Qu’il se présente, selon le sens du vent et de la conjoncture économique, comme libéral au sens strict du terme (les interventions étatiques sur le marché doivent être incrémentales) comme lors de sa campagne électorale ou comme un ordo-libéral (l’Etat ne peut éviter d’encadrer le marché et de le réguler) comme à présent, la cohérence économique la plus élémentaire lui est étrangère.

On peut lui pardonner certains oublis en « admirant » son habilité politique : il n’expose par exemple pas pourquoi la France est plus à l’abri que certains pays face à cette crise (moins d’exportations vers les Etats-Unis, système financier mieux protégé…) afin de faire oublier ses responsabilités concernant la situation actuelle de la France. Notre pays est moins « ébranlé » par la crise des subprimes que victimes de politiques économiques calamiteuses et contradictoires depuis un an et demi (exemple : on stimule la demande de logements avec des avantages fiscaux mais l’offre reste la même car on ne favorise pas la construction, résultat : hausse des prix dans l’immobilier que le Président ose qualifier « d’excessive » dans son discours).

Là où je ne peux m’empêcher d’en vouloir à Mr Sarkozy c’est lorsque je me suis aperçu, en creusant son discours de Toulon, des multiples « horreurs économiques » qu’il a énoncé. Je ne vais pas toutes les énumérer par soucis de concision mais celles qui m’ont le plus marqué sont les suivantes :

  • Il oppose effrontément capitalisme industriel et financier, le premier étant destiné à stimuler la production l’autre seulement à la spéculation. On peut alors luis conseiller une lecture économique de base (Landier et Thesmar, « Le grand méchant marché ») pour qu’il comprenne (même si plusieurs phases de lectures/relectures sont nécessaires pour cela) que le capitalisme financier a permis l’essor du capitalisme industriel. Il fustige, par exemple, la « dilution de la propriété » avec les émissions d’actions : on imagine alors tout à fait une seule personne financer des projets colossaux qui nécessitent, à l’heure actuelle, l’apport de millions d’actionnaires. On savait Nicolas Sarkozy en faveur de la concentration des richesses dans les mains d’un petit nombre mais à cette échelle là… c’est tout de même surprenant.
  • Il n’a pas hésité à fustiger de nouveau l’euro. J’ai alors appris, à la dix-huitième minute de son discours, qu’un salarié français pouvait « à la rigueur » concurrencer un salarié chinois au niveau de ses revenus. Seul problème : la valeur de l’euro qui empêche le pauvre salarié français d’être concurrentiel. Il est en effet évident que, conversion des monnaies ou pas, un travailleur chinois a le même niveau de vie qu’un travailleur français. Il est dommage que Mr Sarkozy n’ait pas profité de sa présence à la cérémonie de glorification du Parti communiste chinois (à moins que ce soit pour les Jo, je ne sais plus très bien…) pour comprendre la misère dans lesquels les salariés chinois vivent ou plutôt survivent.
  • On savait déjà que la crise financière avait de nombreuses conséquences mais la voilà aussi responsable, selon notre Président, de la hausse des prix dans l’alimentation. Nous pouvons alors remercier cette crise au nom de laquelle la PAC et les biocarburants se voient blanchis de toute responsabilité en la matière.
  • Mr Sarkozy confirme la suppression de 30 600 postes de fonctionnaires en 2009. (ce qui n’est d’ailleurs pas « une politique d’austérité » selon lui). Il explique, cependant, dans le même temps, qu’il faudra non pas surveiller uniquement les banques mais aussi les Agences de notation (qui évaluent la valeur et la fiabilité des titres financiers). Qui alors pour effectuer ce travail dont on n’imagine même pas la technicité ? Pas des fonctionnaires en tout cas… même si leur objectivité aurait été intéressante.

Pour finir j’aimerais citer un personnage qui me ferait assez penser à Mr Sarkozy. Un certain Winston Churchill disait, en effet, malgré ses penchants libéraux, qu’il « n’y a pas de meilleur placement pour un pays que de mettre du lait dans des enfants ». Dommage que l’école ne cesse d’être mis au ban de la République dans ces temps où les placements financiers sont de moins en moins surs…

Matthieu MUGNIER

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