L’AFEV : « Pas de quartier pour les inégalités »

Tous les mercredis soirs, Jody étudiante de 2ème année à Sciences Po se rend dans le quartier des Couronneries de Poitiers, quartier méconnu des étudiants du centre ville. Mais que cherche-t-elle dans ces contrées lointaines?

Cette année, elle a choisi dans le cadre de son projet collectif de faire partie de l’Association de la fondation étudiante pour la ville, alias l’Afev. Proposant des accompagnements personnalisés pour des enfants et des jeunes en difficultés scolaire ou sociale, l’Afev est une association qui se nourrit du désir d’engagement d’étudiants comme Jody qui cherchent à participer activement à la vie associative de leur ville. Se sentir utile donc, mais aussi apprendre à communiquer, rentrer en contact avec des gens nouveaux, s’impliquer dans quelque chose de concret, voilà les apports souvent recherchés par l’étudiant. Deux heures par semaine, Jody est accueillie par Salimatou, comme Sara par Mathilde ou Quentin par Mama. Deux heures qui, tout au long de l’année, vont créer des liens qui n’auraient jamais vu le jour autrement.

Se donnant pour but de réduire les fractures sociales et culturelles sur un territoire, l’Afev s’inscrit dans la politique de la ville. Elle repose avant tout sur l’engagement des bénévoles : les étudiants qui participent aux accompagnements, mais aussi ceux qui les coordonnent et qui font la promotion de l’Afev. Pour Ana, étudiante, « on refait grâce à l’enfant ou le jeune qu’on accompagne un chemin que l’on a déjà parcouru mais on y jette cette fois un nouveau regard, on se redécouvre à cet âge ». Cette expérience peut générer toutes sortes de sentiments, du bonheur de sentir que l’on aide quelqu’un à l’impuissance de ne pas savoir quoi faire ou quoi dire. En effet, le bénévole, malgré toute sa bonne volonté n’est pas un pédagogue ni un psychiatre, et si son âge le rapproche de celui qu’il aide, son manque d’expérience peut parfois être assez frustrant. C’est pour combler ce vide que l’Afev propose des formations au début de l’année et un soutien, qui s’effectue sous la forme d’un suivi continu. Il faut donc aussi voir cette association comme un réseau d’échanges, de rencontres, d’apprentissage… autour des (plus ou moins) jeunes.

Accompagnements individualisés donc, voici le maître mot du fonctionnement de l’Afev. Bien souvent, le déclic provient d’un instituteur qui, face aux difficultés d’un élève, voit l’Afev comme un moyen de remédier aux «mauvaises notes» de l’enfant. Lorsque le jeune est au collège ou au lycée, l’initiative vient soit de ses parents effarés par la chute de sa moyenne, soit de lui-même, parfois sur le conseil du Conseiller d’éducation. Deux demandes se rencontrent alors : l’étudiant qui souhaite s’engager, et le jeune qui cherche quelqu’un qui puisse le comprendre et s’adapter facilement. Ainsi, la mère d’une lycéenne avoue que « Julie, l’étudiante, a su trouvé les mots pour parler à Myriam». L’accompagnement peut donc avoir un impact positif sur la scolarité de l’enfant, mais aussi sur sa confiance et sa motivation. Bilel comprend mieux ses cours et Myriam le reconnaît : « Pour ma part, grâce à l’association et aussi à mon étudiante, j’ai pu améliorer ma moyenne dans plusieurs matières! ».

Dès lors, l’Afev a surtout une image scolaire et formelle, au grand dam de ses bénévoles les plus actifs qui souhaitent que l’Afev, ce soit bien plus que ça. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’aide au devoirs, l’intention est plutôt d’apporter un soutien à l’enfant dans son travail, mais aussi une ouverture culturelle, un goût du savoir.

Et c’est pour cela que accompagnements individualisés ne veut pas dire cours particuliers : la dimension collective et culturelle est un aspect largement encouragé par l’Afev, qui tente d’orienter les accompagnements vers des sorties culturelles, artistiques ou sportives. Et c’est surtout ces opportunités de partager avec un plus jeune des centres intérêts, de lui offrir une perspective culturelle différente, de l’aider à se repenser, parfois aussi à l’orienter vers d’autres perspectives d’avenir, qui peuvent être passionnantes. Pourtant, cette dimension est souvent méconnue des jeunes qui s’intéressent au dispositif. Par exemple, Salimatou avoue qu’elle ne recherche aucun apport culturel en participant à l’Afev. Pourtant, le fait que ce ne soit pas une «deuxième école», comme le dit Nesrine (en 1ère ES) peut encourager les jeunes à s’impliquer davantage dans leur accompagnement. Ainsi, Sonia explique : « ce n’est pas comme si les étudiants n’étaient là que pour nous faire travailler, ils veulent aussi nous faire découvrir des choses que l’on ne pourrait pas voir seul, qu’on n’aurait même pas envie de voir seul». L’Afev a donc l’intention d’être un créateur de liens, d’échanges, entre étudiants, jeunes, professeurs et parents dans le but d’apporter aux jeunes moins favorisés les clés nécessaires pour grandir et réussir, avec toutes les perspectives et les désillusions que cela implique.

Lucie Chatelain

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