La Tragédie Arabe. Ou pas

Nous sommes mercredi et bien-sur, sortant de cours à 18H00, il me prend l’envie folle d’assister à la conférence qui se prépare en Bolivar ! Mais n’ai-je à peine eu le temps de descendre les dernières marches qui mènent au lieu culte, voici qu’on me distribue un tract pour le boycott des produits israéliens et me souffle sur un ton on ne peut plus aimable « Oui c’est par là que ça se passe ! ».
Le ton est donné.

A l’intérieure, la salle est presque pleine, un personnage à l’air très sérieux (qui exhibe un large kéfié rouge très sérieux) finit de se préparer.
En effet ce monsieur est très sérieux, il s’agit de René Naba.
René Naba n’est autre que le célèbre écrivain chroniqueur et journaliste franco-libanais qui fut responsable de la rubrique Monde arabo-musulmane de l’AFP de 1981 à 1989 puis conseiller du Directeur Général de RMC Moyen-Orient chargé de l’Information de 1989 à 1994. Il a notamment écrit « Guerre des Ondes-Guerre des religions, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen », « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » ou encore « Aux origines de la tragédie arabe » d’où est directement tirée la conférence tenue ici.
Monsieur Naba commence donc à nous expliquer pourquoi le monde arabe est-il tragique…euh pardon…pourquoi connait-il une tragédie, éternelle tragédie…
Alors que le monde arabe est riche de ressources clefs dans le système économique moderne (cette périphrase pour ne pas utiliser le gros mot « capitaliste ») et se trouve au cœur d’un des plus grands carrefours commerciaux mondiaux, aucun n’a aujourd’hui décroché le nouveau titre honorifique de « pays émergent »… Pourquoi tout le monde le sait : terrorisme, instabilité politique…aux armes exetera.
Là où Monsieur Naba se distingue, c’est en répondant à la grande question à cause de qui ?? Mais suis-je bête ! La faute à la colonisation bien-sûr et aux méchants blancs qui exploitent les ressources énergétiques du monde arabe et cherchent à manipuler la zone comme si la colonisation n’avait jamais disparu, pauvres « Arabes domestiqués ». René Naba ne manque pas pour justifier sa thèse de puiser des preuves dans l’Histoire (ex : le choix géographique de l’implantation d’Israël fut stratégique) et dans l’actualité (interventions américaines bien-sûr).
Le problème en soi n’est pas celui de la responsabilité occidentale qu’il ne faut pas nier mais d’une vision partielle et subjective de la situation dans le monde arabe et surtout un ton agressif qui décrédibilise toute remarque pertinente (outre les comparaisons au régime de Vichy, Monsieur Naba ne supporte guère la contradiction).
Reconnaître les maux du monde arabe c’est aussi le devoir de reconnaître les agissements des islamistes, les agissements des terroristes, des gouvernements trop mous ou trop corrompus qui acceptent à leur avantage les agissements occidentaux, ou encore l’offuscation improductive d’une palanquée d’âmes bien intentionnées (sans vouloir viser l’association pro-Palestine qui distribuait les tracts…). Or l’évocation des défauts de ce côté a été pour le moins évasive et pour le coup c’est l’Occident qui se voit diabolisé.
Comment monsieur Naba ose-t-il ensuite demander à l’occident d’apporter la paix et la richesse ? Encore faut-il aller jusqu’au bout de son idée. Il est vrai que le peuple arabe est une culture unique et riche, ne doit-il pas par conséquent se démarquer par une audace politique cohérente et surtout autonome ?
Il ne faudrait pas oublier monsieur Naba, que la tragédie c’est un art et l’art se cultive, vous et l’association partenaire nous ont montré à quel point ce don peut être développé…

Quand cessera-t-on de faire croire que le peuple arabe ne peut être heureux par lui-même?

Quand cessera-t-on de faire croire que le monde arabe ne peut dépasser l’Histoire tragique qu’on lui inflige sans un recours permanent au Pathos (très occidental pour le coup) ?

Quand cessera-ton de faire croire que le peuple arabe ne peut se construire autrement qu’en tant qu’ennemis de l’Occident ?

Dommage que certaines personnalités influentes cultivent les larmes et la haine qu’ils condamnent soi-disant. Dommage que la tragédie vire au ridicule sans qu’on en puisse tirer une catharsis moderne, constructive plutôt que destructive.

Marie SACHET

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