Le décès d’un dissident cubain relance la question des libertés politiques

Article écrit Diane Pourageaud, Roxane Mestrius. 

La mort d’Orlando Zapata le 23 février dernier, prisonnier politique cubain en désaccord avec le régime, ravive le débat autour des libertés à Cuba. Décédé à l’âge de 42 ans dans un hôpital de La Havane des suites d’une grève de la faim de deux mois et demi, cet activiste radical purgeait depuis 2003 une peine de 32 ans de prison. Il avait été condamné, entre autres, pour désobéissance civile et voulait protester contre ses conditions de détention.

Cet événement vient poser une nouvelle fois le problème des prisonniers politiques détenus à Cuba, au nombre de 200 selon les chiffres donnés par la dissidence. Amnesty International, qui avait d’ailleurs nommé Orlando Zapata « prisonnier de conscience » et lancé au début du mois une action urgente en faveur de sa libération, a estimé que cette mort était « une illustration terrible de la répression permanente contre les dissidents politiques à Cuba, en l’absence d’un système judiciaire indépendant ». Orlando Zapata appartenait en effet à plusieurs organisations dissidentes : le Mouvement d’alternative républicaine, le Conseil national de la résistance civique et le Directoire démocratique cubain. Formant un mouvement éclaté sans véritable leader, les dissidents sont considérés par les autorités cubaines comme des « agents » et « mercenaires » à la solde de l’ « ennemi » américain.

Ce premier décès d’un prisonnier politique cubain depuis celui du leader étudiant Pedro Luis Boitel en 1972 a suscité de nombreuses réactions aux Etats-Unis et en Europe. Ces derniers ont réitéré leur appel à la libération de tous les prisonniers politiques, mais sans remettre en cause leur dialogue actuel avec Cuba.

L’affaire a été passée sous silence par les médias cubains qui sont tous sous étroite surveillance de l’Etat. Seul le site internet officiel Cubadebate.cu a diffusé brièvement les « regrets » formulés par le président Raul Castro pour la mort de Zapata, avant de les faire disparaître sans explication. Raul Castro en a profité pour démentir les accusations. « Il n’y a pas d’exécutions ni de torture à Cuba », a-t-il déclaré, alors que la mère de Zapata et certains dissidents avaient accusé le gouvernement cubain du « meurtre prémédité » d’un homme « torturé » en prison et auquel une aide médicale avait été refusée jusqu’aux tous derniers jours précédant sa mort.

Suite à cet événement, la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale a affirmé que la situation des droits et libertés ne s’était pas améliorée en 2009 à Cuba sous la présidence de Raul Castro. « Pendant l’année 2009, il n’y a eu aucune amélioration de la situation des droits civiques, politiques, économiques, mais aussi de certains droits culturels », peut-on lire dans un communiqué transmis à la presse étrangère par cette organisation dissidente illégale, mais tolérée par le pouvoir cubain. Toujours selon la Commission, « au moins 869 cas de dissidents politiques » détenus de façon temporaire, « certains plus d’une fois », ont été recensés en 2009. Elle a ajouté que cela confirmait « la tendance initiée il y a quelques années de substituer la répression politique fondée sur des détentions de longue durée par d’autres mesures moins coûteuses d’un point de vue politique comme des détentions arbitraires de courte durée, des menaces et d’autres formes d’intimidation ». De plus, une trentaine de dissidents auraient été arrêtés suite à la mort de Zapata afin de les empêcher d’assister à ses obsèques. Malgré tout, la Commission continue de réclamer la « libération inconditionnelle » des prisonniers politiques, « la fin de la répression contre les dissidents » et « l’organisation d’élections libres et pluralistes à moyen ou long terme ».

Roxane Mestrius & Diane Pourageaud pour le projet co Festival Cubain

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