Les hommes à la casserole

Mesdames, vous aviez peut-être eu vent de Claude Troisgros et d’Alain Ducasse ? Vous avez sûrement vu et entendu les versions masculines de Maïté, Jöel Robuchon ou le jeune et pipole Cyril Lignac. Nul doute, vous rêvez certainement de manger à la table de Jamie Oliver ou de Nick dans le film No Reservation.

  • Pensiez-vous, en revanche, partager un jour la table de Fabrice, Luc, Jean-Marie, Christian ou Michel ? Personnages anonymes du quotidien, ils arpentent les marchés, supermarchés, hypermarchés, puis courent chez l’épicier du quartier pour dénicher l’huile qui manque à leurs mets. Des hommes qui « aujourd’hui ne peuvent plus revendiquer une ignorance supposée et clamer leur innocence face aux tâches ménagères du quotidien » ; ils donnent enfin un masculin à l’immuable « ménagère ». Des personnes que Maggy Bieulac-Scott décrit comme étant sympathiques avec leurs recettes tirées des livres de leur maman et tatas. De joyeux camarades, pour qui chaque saveur évoque une histoire et chaque histoire s’accompagne de son plat. Autant de candidats en ce 8 mars 2010, qui pourraient inverser les rôles et être celui qui cuisine et vous, celle pour qui, il cuisine.

Malgré cette lueur d’espoir au féminin, tout n’est pas azuré et les « cordons-bleus » restent des femmes.

  • Triez, de fait, ces haricots. Vous verrez que la plupart sont des célibataires cuisinant par nécessité ou usant du couteau et de la spatule comme des instruments de séduction. Ensuite, vous trouvez la catégorie des retraités qui découvrent, derrière le fourneau, un nouveau passe-temps voire une nouvelle fonction dans le couple. A priori féminine, l’inversion de la fonction nourricière fait « bien », moderne et in fine progressiste. Le cheveu sur la soupe est une fois de plus la représentation de ses hommes : des héros ! Des chefs, dont le dictionnaire impose le masculin.
  • Souvenez-vous de ce dernier été. Votre père, fier, regardait cuire les merguez, chipolatas et travers de porc. À table, il portait triomphalement sa dernière expérience, les saucisses allemandes cuites à l’étuvée. Le succès est total et s’accompagne de pommes de terre au four sublimement présentées en robe d’argent; de salade de riz arc-en-ciel ; de tomates et asperges sur un lit de sauce faite maison par une femme de l’ombre…
  • Rissolez, cependant, ces hommes et observez l’évolution en or qu’annonce cette nouvelle catégorie. Les hommes, en général, cuisinent lors des occasions « notables », rendez-vous estivaux familiaux, anniversaires, réceptions conviviales, journée de la femme. Or, au long de la cuisson, ils se voient pocher, d’abord d’un crochet et surtout ils perdent « la carapace imposée qui les a emprisonnée dans le rôle du « macho ».
  • À petit feu, les études révèlent qu’en organisant ces soirées, les hommes sont forcés de soulever le couvercle et de voir remonter les inquiétudes et imprévus du quotidien. Ils mijotent et enfin la répartition des tâches ménagères dans le couple se fait de façon plus équitable : l’homme se donnerait plus fréquemment aux travaux ménagers.

C’est pourquoi, si vous cherchez un cadeau pour un homme, ne lui offrez plus une boîte à outils ou une tondeuse à gazon mais un des derniers produits Moulinex ! Comprenons-nous, le barbecue de la fin de semaine est depuis longtemps une fonction sexuée masculine, il s’agit donc de les libérer grâce au dernier cuiseur-vapeur et d’attendre qu’ils se mettent au wok.

  • Attention ! Alex Miles parle d’humanisation des hommes. Il s’agit de dépasser la pensée diffusée par la littérature actuelle et cesser de diaboliser les hommes qui asservissent les femmes aux tâches ménagères. Son article développe l’idée que la cuisine est le passeport pour la libération de l’homme.
  • Surveillez le barbecue de tout à l’heure. Celui-ci est devenu un moment imposé à l’homme. Certes, il y prend une part de plaisir mais ne peut considérer l’éventualité de l’échec, dans cet exercice inné, « depuis l’homme de Neandertal ». C’est son moment car c’était le moment de son père et celui qu’a cultivé sa mère à force de remuer un « tu ne veux pas aider ton père avec le barbecue ? » À la fin de sa première phase de socialisation, l’homme sort du four familial et sera saupoudré de tous les préjugés de la société.

La cuisine est donc un révélateur de la maturité de l’homme social. D’une part, le manque de données affirme que les prénotions dominent encore. Par là même, que ce domaine sociologique semblerait être le pré carré de femmes qui véhiculent un message précis. Et d’autre part que l’homme évolue : en assumant une part de féminité sociale, il devient complet. Le débat s’étend à l’ensemble des produits sexués. Que pensez-vous des hommes qui utilisent des produits de beauté et qui prennent soin de leur corps ?

Luc Aldon, pour le projet collectif Chilli con Farci

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