On t’avait dit…

Article écrit par Vannessa Carronnier Scott

Bien que Météo France ait prévu des chutes de neige inhabituelles sur le Sud-Ouest, le trafic des trains a été fortement perturbé ce lundi 8 mars par un imprévu. La neige et ses complications ont effectivement empêché toute circulation au-delà et en provenance de Narbonne.

Essayons d’être précis. Selon le personnel de la SNCF, deux trains auraient été bloqués entre cette ville et celle de Carcassonne, l’un en détresse, l’autre en panne et il était difficile de les sortir de là car la neige avait gelé des caténaires. Et un arrêté de la préfecture interdirait toute circulation dans la région du Languedoc-Roussillion. Tu as tellement entendu de versions confuses que tu es fatigué(e) de voir ces bonshommes à casquette grise, tu te fiches de savoir lequel a la bonne et tu as juste envie d’arriver à destination.

L’ennui c’est qu’en fin de compte, ils t’ont piégé. Tu n’arriveras pas à destination, pas ce soir en tout cas. Et tu n’auras pas non plus le droit de boire ou de manger, pas jusqu’à une heure du matin en tout cas.

Incompréhensiblement, ce train s’est entêté à effectuer le voyage. D’après des voyageurs montés à bord à Lyon, l’une des ou la première station, le retard s’est accumulé dans le Sud-Est à chaque gare. Je ne suis en mesure de commenter qu’à partir de Montpellier, où le tableau d’affichage s’est arrêté à 30 minutes de retard, où la SCNF a fermement assuré que le trafic retournait progressivement à la normale dans le Sud-Ouest et d’où le train est parti avec 1H20 de retard.

Deuxième arrêt (environ) : Sète. Le train s’immobilise pendant une heure, sans aucune explication.

Troisième arrêt : Béziers. Une heure d’attente à nouveau, accompagnée d’explications confuses. Deux trains sont à l’arrêt côte à côte. Détail inquiétant : on distribue gratuitement des kits repas mais il n’y en a pas assez pour tous. Une annonce : « Le train TGV à destination de Toulouse est annulé. Les voyageurs sont priés de prendre place à bord du Ter à destination de Bordeaux ».  Et l’attente, à nouveau. On découvre par la suite que le train circule avec un retard de quatre heures. Les contrôleurs donnent des explications différentes et certains employés de la gare ne sont même pas au courant de la situation. Un train à destination de Paris s’arrête en gare. Ce sera le seul. Mais personne n’en a informé les voyageurs qui patientent dans le Ter.

Quatrième arrêt : Narbonne. L’attente à nouveau, de plus en plus insupportable. On nous assure que le train repartira dans 40 minutes, à 19H30, dans une heure, encore dans une heure. Les trains bloqués entre cette ville et celle de Carcassonne sont en train d’être déplacés, au prix de grandes difficultés, puis la préfecture a interdit la circulation dans toute la région.

Mais on rassure tout le monde vers 21H30 en affirmant que la SNCF entreprend des négociations « afin de conduire ce train à Bordeaux ». Quelques minutes plus tard, la voix débite le même texte réconfortant mais en change légèrement la fin : ces intenses échanges diplomatiques ont dorénavant pour but « de conduire ce train leplus loin possible ». De toute manière, auprès de cette fournée de clients, le baromètre de crédibilité de la SNCF avait atteint le zéro depuis longtemps.

Malheureusement, les ambassadeurs de la SNCF ont échoué auprès de la préfecture. Le train n’ira pas plus loin que Narbonne et les voyageurs passeront tous la nuit à bord. La compagnie commence à s’organiser aux alentours de 23H. Je croise un contrôleur qui note très sérieusement sur une feuille de papier les problèmes de santé de certaines personnes vulnérables et le numéro du wagon dans lequel elles se trouvent.

Chauffage bien plus fonctionnel en première. Normal. Les personnes n’ont même pas besoin de sortir un vêtement supplémentaire de leur valise en guise de couverture.

T’en as marre. Tu dors. Habillé(e), par terre, afin de pouvoir allonger les jambes (tu peux, toi t’es jeune) et sans avoir mangé. Non, tu n’as pas cinq ans, non, tu n’es pas puni(e). C’est juste que t’es « pris(e) en charge ». Oui, par des incompétents.

D’après des informations transmises par des voyageurs arrivés à Carcassonne, il était clair, dès les alentours de 19h, qu’il serait impossible d’acheminer le train jusqu’à Bordeaux le jour même, mais pas la moindre disposition n’a été prise avant une heure tardive de la nuit. C’est un scandale que de n’avoir eu accès à de l’eau qu’à partir d’une heure du matin. Heureusement pour la SNCF, moins de cinq enfants étaient présents à bord. En revanche, les passagers comptaient parmi eux de nombreuses personnes âgées, à qui un hébergement en ville n’a même pas été proposé. Sans parler des deux cents étudiant(e)s environ qui devaient passer un concours le lendemain à 9 heures, à Toulouse, dont le cas n’a été envisagé qu’après l’annonce de l’arrêt définitif du train. Sans parler de mardi matin, lorsque les voyageurs n’ont reçu ni informations sur l’heure du départ de Narbonne, ni petit déjeuner organisé. Seulement des boîtes de viennoiseries et de jus de fruit déposées dans le hall de la gare, (sans prendre la peine d’annoncer cette attention dans le train-hôtel), où toutes les personnes présentes pouvaient se servir. Sans parler de l’absence totale d’excuses.

La fatigue ne t’aide pas à penser. Le seul mot que tu as en tête et que tu sors lorsqu’un compagnon d’infortune commente la situation : lamentable.

On t’avait dit tout un tas de bêtises, mais toi, tu ne saurais dire si le plus humiliant était le traitement subit par tous ou d’en demander une preuve pour ton école.

 

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