D’une médaille aux JO à Sciences Po, le destin hors du commun d’Arnaud Di Pasquale

« Je me suis vu en train de perdre » expliquait Arnaud Di Pasquale  à la multitude de journalistes présents lors de sa conférence de presse, au lendemain d’avoir obtenu une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Qui aurait pu croire qu’on le retrouverait dix ans plus tard sur les bancs de l’amphithéâtre Emile Boutmy à Sciences Po ? Pas grand monde, rendons-nous à l’évidence. À l’époque, le jeune tennisman tricolore n’en revenait pas, lui qui ne partait pas du tout favori lors de ce tournoi forcément spécial. Il avait défié les lois du réel pour s’inviter en demi-finale à la surprise générale, avant de s’incliner en deux sets très serrés face au numéro huit mondial, le talentueux russe Yevgeny Kafelnikov.

Submergé par l’émotion 

Cependant, à la différence de l’ensemble des tournois ATP (Association Tennis Professional) ou de la Coupe Davis, le tournoi de tennis des Jeux Olympiques recèle d’une particularité pour le moins subtile. Les  deux vaincus des demi-finales ne sont pas mis totalement hors jeu, c’est-à-dire qu’ils sont bien sûr éliminés du tournoi mais ne s’en retournent  pas tout de suite au pays. Un match pour la troisième place, dite « petite finale », doit se disputer pour attribuer au vainqueur de cette rencontre la médaille de bronze. Et nul doute que dans une compétition aussi prestigieuse, mieux vaut remporter cette médaille que repartir chez soi frustré avec la médaille en chocolat, synonyme de quatrième place. Di Pasquale, véritable héros national, n’a pas déçu la France. Pourtant l’ampleur de la tâche à réaliser faisait ou plutôt ferait actuellement froid dans le dos. Le rival n’était autre que l’actuel numéro un mondial incontesté et incontestable Roger Federer, alors quarante-troisième joueur mondial. Au terme d’un match étriqué et de trois sets vaillamment disputés 7-6 (7-5), 6-7 (7-9), 6-3, il remportait une médaille bien méritée au nez et à la barbe du futur prétendant au titre de meilleur joueur de l’histoire du tennis. Submergé par l’émotion, le jeune homme de vingt et un ans ne peut s’empêcher de  verser quelques larmes, lui, le gamin de Casablanca que rien ne prédestinait à un avenir doré dans l’univers de la petite balle jaune.  

Le début de la folle aventure

L’ancien champion du monde Junior, en 1997, a toujours considéré le tennis comme « du fun, le kiff, les sensations » sans pour autant s’imaginer un seul instant en faire sa carrière. Avec un père qui baignait dans le monde du surf depuis trente ans, difficile de résister aux belles vagues des plages de « Casa ». Arnaud aime surfer et ne s’en prive pas, quitte à passer des heures avec sa planche et ses amis. Le tennis raconte-t-il « c’était quand il ne faisait pas assez beau pour aller sur la plage ». Aranud se dope à la vague. Pourtant, souffle en lui un vent de changement, il désire jouer au tennis plus régulièrement afin, pourquoi pas, de surfer un jour sur les sommets tennistiques. Taper la balle contre le mur ne lui suffit plus et reçoit l’autorisation de la part de ses parents d’aller disputer quelques tournois benjamins dans l’hexagone. Il tape rapidement dans l’œil de plusieurs trouveurs de talents et il rejoint les sport études régional tennis de Poitiers.  C’est le début de la folle aventure.

Plus les échelons sont élevés, plus il les grimpe avec facilité. De Poitiers direction l’INSEP, à l’orée du Bois de Vincennes. Il y rencontre une charmante jeune fille, classée -15 et portant le doux prénom de Delphine. Arnaud tombe éperdument amoureux. En 1996 il s’installe définitivement  à Paris, près des courts de Roland Garros, Porte d’Auteuil. Il poursuit son ascension, jusqu’à remporter le titre de champion du monde des juniors en 1997. « Inchallah »  répète-t-il à longueur de match pour se donner confiance comme lors de l’US Open junior  qu’il remporte cette même année 1997.

Une carrière en dents de scie

Di Pasquale intègre ensuite le circuit professionnel puis remporte son premier et unique titre sur le circuit ATP à Palerme en 1999. Des blessures à répétitions l’empêchent d’avoir une trajectoire linéaire ascendante dans le réputé compétitif circuit masculin. Il remporte son dernier tournoi challenger, ce qui équivaut à la deuxième division du tennis, en 2002 du coté de Ljubljana. Évidement le point d’orgue de sa carrière demeure sa médaille de bronze obtenue à Sydney deux ans plus tôt. Ses résultats des années qui suivent cette prestation homérique ne comblent pas toutes les attentes placées en lui. Il redescend ainsi au niveau challenger comme en témoigne son trophée glané en Slovénie. Malgré cette victoire il se morfond dans les bas fonds du top 200, puis est même relégué au 325ème rang mondial. On pense notamment à l’édition 2006 du Challenger de Montevideo, capitale de l’Uruguay, où le natif de Casablanca doit jouer les qualifications pour intégrer le tableau principal, ce qu’il ne pourra accomplir en grande partie à cause de la précision en coup droit de l’Italien Naso, vainqueur en trois sets. Pour Di Pasquale, il n’y a plus aucun doute, la boucle est bouclée. Le jeudi 4 janvier 2007, il met un terme à sa carrière de tennisman. Ainsi, il n’aura pas obtenu les résultats escomptés lors de ces dix années de professionnalisme, mais il arrête avec le sentiment du devoir accompli, faisant référence à sa médaille de Sydney. Physiquement en forme, Di Pasquale était intraitable, le gros « hic » fut donc ses multiples blessures qui ne lui permirent pas d’atteindre un classement plus élevé que 37ème à l’ATP. Il commence alors une vie où la famille entend jouer un rôle prépondérant. Une vie d’homme, comme il aime  tellement le rappeler. Le succès ne tarde pas à arriver, en juin DIP de son surnom se marie avec sa compagne Audrey. L’ancien joueur, qui a sillonné tout les continents, veut par ailleurs réussir sa reconversion et ne surtout pas rester les bras ballants.

Quand Sciences Po lui tend les bras…                                                                                                                          

Très vite, il s’investit dans de nouvelles activités et devient consultant sur l’Equipe TV. D’autre part, il parraine l’opération « Urban Tennis »  lancée par Adidas.  Ce sport new look  se jouant dans la rue se révèle être un véritable mix entre les règles du football et celles du tennis. Cependant, cette activité ne suffit pas à ce néo retraité hyper- actif. Le retour aux sources à Casablanca en octobre 2007 lui fait le plus grand bien car il s’octroie le nouveau challenge de reprendre ses études. Pas si simple pour quelqu’un qui a arrêté les cours en Première, faute de temps suffisant pour alterner le tennis de haut niveau et les révisions pour le Baccalauréat.  Oui mais comment-va-t-il s’y prendre? De fait, il ne produit aucun effort, le menu lui est servi comme au restaurant, sur un plateau. Bien sûr, il s’agit ni plus ni moins du menu du jour J, autrement dit ce 4 décembre 2007 avec l’ouverture pour de la première  promotion de sportifs qui suivront leur formation dite « Sciences Po-Fondation Jean Luc Lagardère ». Celle-ci offre aux athlètes ou ex-athlètes de haut niveau une formation sur mesure pour mieux préparer ou continuer dans le cas de Di Pasquale, leur reconversion. Les sportifs peuvent se spécialiser dans quatre domaines qui sont la gestion d’entreprises, le mouvement associatif, les relations internationales et les médias. C’est pour cette dernière catégorie que l’ancien tennisman a opté. À l’issue de ce parcours il pourra envisager une entrée en Master de Sciences Po.

À la découverte de nouveaux horizons

Actuellement, ce programme inauguré par Arnaud Lagardère, président de la Fondation Jean-Luc Lagardère et Richard Descoings, directeur de Sciences Po, compte dix-neuf élèves parmi lesquels on retrouve des noms de prestige à l’instar de Richard Gasquet ou encore de Paul- Henri Mathieu.  Arnaud Di Pasquale ne se voile pas la face, il sent bien que ce programme est une réelle opportunité d’ouverture quand à sa reconversion et le souligne d’une fort belle manière : « Suivre cette formation, c’est une démarche très personnelle. Aujourd’hui je travaille dans les médias et pour la Fédération Française de Tennis, mais mon but est de découvrir de nouveaux horizons et là c’est une chance exceptionnelle de pouvoir aller à Sciences Po ».  En intégrant les sportifs de haut niveau au sein d’un établissement de l’Enseignement supérieur pour le moins sélectif, cette formation entend leur donner une place au-delà du domaine sportif. Comme nous le rappelle l’imperturbable  Richard Descoings : «  La diversité que les sportifs de haut niveau apportent à la société nourrit notre recherche de l’excellence ».

Si Arnaud Di Pasquale n’a pas pu ou su atteindre les sommets des vagues de Casablanca, ou surfer sur le toit du classement ATP, il se voit offrir par la grande institution qu’est  Sciences Po une nouvelle opportunité d’atteindre l’excellence. Merci qui ?

Article écrit par Maurice Neyra

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