Le rêve brisé des bleus

Article écrit par Maurice Neyra.

Un Michael Llodra s’effondrant en larmes dans les bras du capitaine Guy Forget. C’est l’image que l’on retiendra de cette finale de Coupe Davis où la France est passée à deux doigts de lever le saladier d’argent pour la dixième fois de son histoire. Mais le destin en a voulu autrement, l’homérique victoire samedi du double tricolore n’aura finalement servi à rien. Emmenée par un Djokovic impérial, la Serbie remporte quant à elle sa première Coupe Davis. Retour sur un week-end riche en émotion.

Une logique respectée

Le vendredi, Gael Monfils ouvre le bal. Il se frotte à Janko Tipsarevic, un homme de coups, irrégulier mais toujours dangereux. Rapidement, on sent le français surmotivé et peu disposé à laisser entrevoir un quelconque signe de fragilité mentale. Bien en jambe, il survole les débats lors du premier set conclu sur un cinglant 6-1. La réaction du numéro deux serbe est timide, Tisparevic se limitant à tenir son service jusqu’au jeu décisif. Un tie-break brillamment négocié par « la Monf » qui empoche ce second set et, par la même occasion, sème le doute dans l’esprit du serbe. Celui-ci n’y croit plus et laisse échapper le troisième set, remporté 6-0 par Monfils. Sortant l’artillerie lourde au service, le français termine la rencontre sur un ace. Sliderman a fait le job. Il a surtout refroidit l’ardeur des supporters serbes massés dans cette gigantesque Arena de Belgrade. Lors du deuxième simple, tout le clan français rêve d’un exploit de Simon, titularisé en lieu et place de Llodra, réservé pour le double. Novak Djokovic, numéro 3 mondial et déjà héros de tout un peuple, ne partage évidemment pas les espérances tricolores. Le finaliste du dernier US Open va donner une leçon de tennis à un Simon complètement dépassé par les évènements. 6-3 6-1 en moins d’une heure, on n’est pas loin de la correctionnel. Boosté par le discours de Guy Forget, Simon revient sur le cours disposé à lutter jusqu’au bout. Et le petit français fait de la résistance, il rend la pareille au serbe jusqu’à cinq jeux partout. Djokovic sort alors le grand jeu et après un revers long de ligne sublimissime il prend le service de son adversaire. Au moment de servir pour la rencontre, le Djoker ne tremble pas. Un match plié en trois sets, synonyme de ressources économisées. La première journée n’aura pas donné lieu à des surprises, la logique ayant été parfaitement respectée. A la veille du double, tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il revêtira d’un caractère décisif.

Un scénario hitchcockien

Djokovic ou Troicki pour accompagner le spécialiste du double Nedad Zimonjic? L’incertitude plane durant les premières heures du samedi. Quel sera le choix du capitaine Bogdan Obradovic ? Ce dernier met fin aux spéculations dans les alentours de midi en décidant d’accorder toute sa confiance au jeune Viktor Troicki. Jeune mais surtout talentueux. Il compte à son tableau de chasse des joueurs comme Nalbandian  Roddick ou encore Davydenko. Et c’est sans pression apparente qu’il débute la rencontre, écœurant tour à tour Arnaud Clément et Mickael Llodra. Accablée par les passings millimétrés du serbe, la paire française est aux abois. Si Troicki excelle, Zimonjic assure et ne cède que quatre points sur son service. Les serbes prennent le devant et bouclent ce premier set sur le score de 6-3. Le public nage en plein délire et on lit la peur sur le visage des supporters des bleus. Plus de trois cents fidèles ont fait le déplacement pour soutenir la France. Toutefois, leurs encouragements ne pèsent alors pas lourd en comparaison des chants entonnés par les fanatiques serbes. La seconde manche est plus accrochée. Tandis que Llodra déjoue, Clément s’évertue à tenir la baraque à la volée. Du coté serbe, les erreurs restent une denrée rare. Les français n’ont pas réellement d’occasions franches à se mettre sous la dent sur le service adverse. Le tie-break est inévitable afin de départager les deux équipes. Poussés par tout un peuple et notamment un président en transe, les serbes prennent l’ascendant et remportent le deuxième set. Les tricolores, sans  démériter, se retrouvent dans une situation des plus compliquées. La hargne serbe suffisant jusqu’ici à créer le fossé. Le président de la fédération Jean Gachassin a le visage crispé, il sait qu’une défaite aujourd’hui serait quasiment rédhibitoire eu égard du niveau de jeu montré vendredi par Djokovic.  Que la désillusion serait cruelle de s’incliner en double pour une paire si expérimenté comme l’est celle composée par Clément et Llodra. Comme s’époumone à le répéter le commentateur de France Télévision Lionel Chamoulaud, c’est le destin de la « Clé » de remporter une deuxième Coupe Davis après celle conquise en Australie en 2001.  Et le vétéran français (33 ans), comme par miracle, touché par la grâce,  se met à sortir des coups d’anthologie. Éberlués, Troicki et Zimonjic demeurent des spectateurs impuissants devant le spectacle donné par Clément. Même Mika n’en revient pas. 6-4, puis 7-5, de manière surréaliste, les français égalisent à deux sets partout. Au terme d’un cinquième et dernier set extraordinaire, qui a tenu en haleine la France entière, le clan des bleus exulte. Clément et Llodra s’imposent 3-6 6-7(3) 6-4 7-5 6-4. Chapeau messieurs. Revenir de deux manches à zéro avec un public à bloc contre vous, c’est bien le destin des meilleurs. La confiance est au beau fixe, le saladier d’argent se rapproche. Dimanche, il suffira de remporter l’un des deux simples. Oui mais voilà, personne ne se doute alors que le lendemain sera une journée cauchemardesque pour le tennis français.

Simplement meilleurs

Malgré quelques coups droit de mammouths et une flopée d’amorties bien senties, Monfils va se heurter à un Djokovic des grands jours. Au sommet de son art, injouable, le serbe distille des droites-gauches à volonté, mettant au supplice le français. Par à-coups, il semble faiblir, mais se reprend sans tarder. Hissant son niveau au top, le Djoker répond  présent et s’impose sans coup férir 6-2 6-2 6-4.  Avec brio, il remet les pendules à l’heure et ramène la Serbie sur les rails de la victoire. Le cinquième match, décisif, s’annonce serré. Qui de Troicki ou Llodra, respectivement préférés à Tisparevic et Simon, fera chavirer son peuple ? « Serré » est un bien grand mot, car de match il n’y en eu tout simplement pas. Apathique durant le premier set, Mika est impuissant lors des deux suivants. Roués de coups par un Troicki monumental, le français ne peut rien faire. Ses services volés sont retournés par le serbe comme s’il s’agissait de balles d’un junior. Le 23ème joueur mondial voit les passings défilés. Tentant le tout pour le tout avec des « chips and charges » à répétition, rien n’y fait. La marche est trop haute. Troicki domine les débats et conclu en apothéose sur un passing de revers « nalbandianesque ».  Trois sets secs et une défaite qui prive la France d’un  saladier d’argent qui lui tendait les bras.

Les victoires contre l’Espagne et l’Argentine auront eu au moins le mérite de « créer une symbiose entre les joueurs et souder l’esprit d’équipe » pour reprendre les termes du capitaine des bleus Guy Forget. Mais les larmes de Llodra à la fin du match nous ont rappelé des biens mauvais souvenirs et en particulier un dimanche noir de décembre 2002…Lorsque Paul-Henri Mathieu s’était incliné contre le russe Mikhail Youzhny après avoir mené deux sets à rien, déjà en finale de la Coupe Davis. La déception n’empêche pas de souligner l’exploit serbe. Et l’espoir de conquérir le saladier d’argent ne sera que plus fort en 2011.

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