Trois p’tits tours…

… et puis s’en vont. C’est ce que font normalement les petites marionnettes.

Nous ne sommes pas ces marionnettes, ces poupées de chiffon que l’on agite à sa guise dans tous les sens, et à qui l’on fait dire ce que l’on veut. Nos yeux ne sont pas ces boutons cousus à la va vite dont l’âge se mesure aux rapiècements et aux coutures de fortune, ou peins sur une caboche en bois, aussi vides et inexpressifs que leurs pupilles sont dénuées de vitalité.

Nous ne sommes que les pantins de notre propre liberté.

C’est – tout du moins pour les premières années – l’autonomie qui nous a gagnés au cours de ce premier semestre riche en émotions, en partage, et en apprentissage, aussi bien humain que scolaire. Entre les lectures assidues (bien sûr, qu’allez-vous donc vous imaginer, nous sommes tous des étudiants modèles ayant sans exception ingurgité le pavé) de notre bible historique rédigée par le grand manitou du XIXème siècle, j’ai nommé Serge Berstein (même si l’on oublie trop souvent son acolyte, le discret Pierre Milza), et les soirées inoubliables à prendre quatre heures pour regarder (et pas forcément comprendre) d’un air désabusé l’apôtre de la microéconomie Etienne Wasmer nous révéler les arcanes les plus secrètes et convoitées de sa (passionnante) matière. Il était temps d’enfin mettre un terme au rythme endiablé auquel nous vivions au quotidien. D’autant plus que les exposés, fiches techniques et de lecture, aux intitulés tous plus farfelus les uns que les autres, ne jouaient pas en notre faveur en terme de repos : s’il y a bien un pli que nous avons donc pris, c’est celui des nuits blanches. Même plus peur.

Nous avons aussi goûté aux vacances de Noël tiraillées entre la famille et les amis que l’on retrouvait après quatre mois d’absence, et les révisions pour les partiels qui arrivaient avec leurs grands sabots, nous prenant en traîtres à l’issue de deux courtes semaines au cours desquelles nous avons enfin pu souffler. Et encore, ces vacances sont rarement connues pour leurs vertus reposantes. C’est donc sans grande prétention quant aux résultats à venir que nous avons regagné les sièges de Bolivar et les bancs de Malraux pour affronter, dans la joie et la bonne humeur (comment ça non ?), les sujets aux formulations captivantes qui nous étaient proposés, afin de mettre un terme définitif à nos pérégrinations du semestre d’automne.

Enfin, chacun a pu ranger au placard le guerrier au fond de lui qui le maintenait éveillé à quatre heures du matin pour finir l’exposé à présenter le lendemain, et retrouver le chemin des vacances là où il l’avait laissé. Retour au bercail ou non, c’est l’occasion de vraiment se détendre, sans culpabiliser de voir le soir arriver et le soleil se coucher sur une nouvelle journée sans avoir jeté un coup d’œil à ses cours, nonchalamment éparpillés sur un bureau recouvert de tout ce qu’il est possible d’accumuler en quelques mois. Mais c’est aussi la possibilité de faire un point sur ce temps passé entre les murs de notre petit campus. Comme les marionnettes, après trois petits tours, nous nous en iront.

Un premier petit tour sur nous même pour nous rappeler l’année 2010 dont les calendriers ont quitté les foyers. La fin du lycée, le bac, les concours, l’appréhension, l’euphorie, la consternation ou la déception, mais la délivrance au final pour les petits nouveaux. Pour les initiés, un second semestre mené à bien, les joies et désillusions du Minicrit nancéen, et tout ce qui anime la vie étudiante.  Puis le départ de son petit chez soi pour tout le monde, et le retour, ou l’arrivée, à Poitiers, et en France. Des horizons inconnus à perte de vue, de nouvelles rencontres et de nouvelles cultures. Une nouvelle vie, la découverte de nouveaux mondes. Des partages à Chaboureau.

Un second petit tour pour nous rappeler nous-mêmes. Les petits bonhommes de chemin entrepris, qui, malgré les nombreuses ramifications, croisements et terres impraticables, nous ont tous guidés au même endroit. Et que nous continuerons à arpenter encore pendant quelques temps, unis, pour avancer avec plus d’assurance, en se sentant protégés par la présence des uns et des autres, sur qui nous savons pouvoir compter pour nous relever si nous tombons en cours de route.

Et un dernier, pour prendre tout cela avec nous et nous lancer à corps perdu vers 2011. Sans rien perdre, sans rien oublier. Tout fourrer dans nos bagages, quitte à en faire déborder de partout.  Tout amener avec nous pour nous rappeler qui nous sommes, ce que nous voulons, et où nous allons. Pour nous rappeler que nous sommes libres, cousus de propres mains, par nos expériences, nos désirs, et nos rêves. Ce sont leurs fils entremêlés qui brodent les sentiers de notre liberté.

Voici que 2011 nous tend les bras. Il est temps pour nous de nous y aventurer, sans crainte, mais pleins d’espoirs et d’assurance.

Allons-nous-en.

Guignol, Gnafron et Madelon n’ont qu’à bien se tenir.

Article écrit par Hélène Bourrée.

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