Du contreseing c’est pas bien et du porno c’est pas beau.

J’ai mis mon cœur dans le vieux bolduc qui trainait au fond du tiroir à bordel, et tiré un trait sur mes souvenirs avec un stylo qui a perdu son capuchon. J’avais du trop le mâchouiller.  Il aura fini entre le four à micro-ondes sur lequel s’entassent factures de loyer et recommandations en tous genres, et la machine à laver où s’empile une vaisselle de trois jours. De toute façon, on finira tous dans le bocal à poisson, comme aurait dit l’autre. En attendant, on essaie de combler les trous de notre vie avec tout ce qui est en vogue. Histoire de colmater, souvent de façon sommaire, le rien du tout quotidien dans lequel on s’enfonce et se complait.

Pas besoin de sortir les violons. Je ne me la jouerai pas poète maudit ou autre philosophe aigri et son verbiage stérile.  Le pouvoir, l’argent et le sexe régissent notre petit monde. Sans cela, il ne nous reste rien (sauf le titre de l’article : le contreseing comme limite du pouvoir, et la pornographie comme machine à faire de l’argent, et bien entendu, du sexe). Petite recommandation pour ceux qui poursuivraient leur lecture au-delà de ces quelques lignes : armez vous d’une bonne dose de second degré, et échauffez vos zygomatiques (mieux vaut rire de ce qui va suivre que d’en pleurer).

Nous nous sommes tous retrouvés  nez à nez avec les questions « A quoi ça sert ? » devant tout et n’importe quoi. L’utilité des leçons de grammaire du CE1 quand à 18 ans passés on fait les mêmes erreurs, le pourquoi du comment du ciel bleu et de l’herbe verte, pourquoi la mère de Bambi est morte, et comment le Père Noël arrive avec son gros ventre à passer par la cheminée avec tous ses cadeaux sans faire de bruit et repartir comme si de rien n’était. Là, forcément, personne ne nous répond. Demande à ta mère, elle le saura mieux que moi. Va voir ton père, je suis trop occupée. Les bases ne nos existences semblent déjà bien friables, tant c’est le rien les soude entre elles.

Parlons-en du Père Noël.  Le vieux monsieur à la longue barbe blanche, à l’éternel manteau rouge et au bonnet assorti (merci à Coca-Cola qui se targue d’avoir crée cette icône, mais en fait, pas du tout), sur son traineau, allant de maison en maison grâce à ses huit rennes volant, distribuer les cadeaux des enfants sages (et des moins sages), représente à lui seul l’esprit de Noël. Les enfants sont bercés par ces rêves, mais que nenni, ce ne sont que mensonges et  calomnies pour berner les esprits crédules et innocents de nos chérubins ! Le Père Noël, c’est juste un chômeur qui retrouve un boulot saisonnier (et, oh surprise, c’est le même qui passe ses journées d’été sur les plages, le pousse-pousse derrière lui, à vouloir refiler ses beignets dégoulinants au touriste déjà à moitié grillé): il enfile un costume qu’on lui prête, s’assoit toute la journée sur une chaise et prend les mouflets sur ses genoux. C’est alors que ceux-ci, transis de bonheur de voir enfin leur idole en chair et en os, lui chuchotent à l’oreille tout ce qu’ils voudraient voir le 25 décembre au pied du sapin. Quelle surprise, après que le Père Noël leur ait promis, de voir à la place de la boîte de Légo tant désirée, la dernière édition du Petit Robert ! Ils s’en vont alors, tout penauds, regagner leur chambre, 50 000 mots dont ils ne connaitront jamais la moitié, sous le bras. Et ce jusqu’à ce qu’un camarade mal intentionné achève de briser le rêve déjà ébranlé, sur un ton moqueur « Des rennes qui volent ? T’as vu ça où ? ». Que les enfants sont cruels. Et que le retour à la réalité est dur : les plus grands espoirs que tu as fondés au cours de ces sept dernières années sont en fait du vent. Il ne te reste rien. Nada. Niet. Le vide. (Vous pouvez reproduire ce schéma avec la petite souris.)

Pour les plus grands, il suffit de sauter les yeux fermés dans notre société pour en admirer le même néant que l’on essaie de boucher, cahin-caha,  à coups de ce qui nous tombe sous la main. On ne mentionnera pas le shopping et les heures passées à bader derrière des vitrines, afin de ne froisser personne. Ceux qui connaissent l’auteur ne sont pas sans savoir le caractère inutile qu’elle y trouve, et les autres n’auront pas du mal à se faire leur propre idée sur la question.
Mademoiselle tout-le-monde, rentrant du lycée en pestant contre ses « connards de profs » qui lui ont confisqué son portable parce qu’elle bombardait sa « sistah » de textos, viendra s’abrutir devant la télévision. La bataille sera rude pour faire son choix entre Plus Belle la Vie, Le Destin de Lisa, et Sous le Soleil. Elle préférera Secret Story – émission à haute teneur intellectuelle – et pleurera quand, après six semaines de cohabitation, à accomplir des missions plus futiles les unes que les autres pour le plaisir du beauf de base, ordonnées par la Voix (qui en fait est un œil), un basketteur épousera en grandes pompes la version au féminin de Don Juan, la cérémonie du mariage étant officiée par un ex-candidat qui s’avérait être pasteur (mais l’on n’a pas su s’il avait reçu son ordination dans une pochette-surprise ou non), reconverti plus tard dans la chanson. Entre les deux parties de la quotidienne, la coupure pub lui montrera les derniers numéros surtaxés à composer pour savoir si « ton ex tient vraiment à toi » ou à « quel âge tu auras ton premier enfant ». Bientôt sur vos écrans : « Pour savoir à quel âge tu deviendras majeur, envoie Majorité, M-A-J-O-R-I-T-E au 88 ***, et les astres te révéleront les réponses à toutes tes inquiétudes », suivi de « Tu as des doutes sur ton identité ? Envoie ton prénom au 86 ***, et nos spécialistes se chargeront de te dire comment tu t’appelles».
Monsieur tout-le-monde finira devant sa télé, la bière à la main, l’autre dans le froc, devant un PSG-OM (ou un Barça-Madrid, c’est selon). A la mi-temps, on l’abreuvera de publicités intempestives, ventant les mérites de telle ou telle nouvelle tablette Sun Extrapower 5 en 1 (nettoie, évite les traces au rinçage, protège le lave-vaisselle contre le calcaire, protège le verre contre la corrosion, et fait office de détergent puissant. Rien que ça ma bonne dame. Attention, bientôt Sun permettra de réutiliser l’eau pour préparer le café) au packaging très recherché rose pouf, parfait pour égayer les soirées de madame passées entre le lave-vaisselle, le balai, et la table à repasser.

Il est à présent temps pour moi de m’en retourner faire ma fausse maniaco-dépressive la zapette à  la main, à me sentir comme une méduse échouée sur mon canapé, tout en regardant l’heure défiler en bas de l’ écran d’ordinateur, en me disant qu’il serait bien de me bouger car ma vie ne va pas m’attendre indéfiniment. Encore faut-il trouver la motivation suffisante pour vouloir la regarder droit dans les yeux avec certitude et conviction, et non plus en chien de faïence, le regard fuyant ravagé par la frayeur du vide de notre quotidien, dans une société où le verbe avoir a pris le dessus sur le verbe être.

C’était donc pour dire…euh…rien du tout !

Helène Bourrée

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