Humeurs changeantes II

En bonus: un enregistrement audio du billet réalisé par le chroniqueur lui même!

Insuffisamment rassasié de commentaires pleins de bon sens de cyber-branleurs, ou génération révoltée à la mode 2.0., je décide donc de me lancer dans un autre papier, l’idée même de faire perdre 30 secondes à nos révoltés de la classe biberon qui souhaiteraient y répondre me faisant éprouver un plaisir désormais presque physique.

Il est vrai que depuis quelques temps je rêve. Je rêve de voir apparaître enfin un monde meilleur, un monde où la violence ne serait plus qu’un souvenir et la faim une abstraction. Un monde où les gens vivraient en paix et en harmonie dans n’importe quel endroit ; les noirs avec les blancs, les juifs et les musulmans – un monde dans lequel les provocateurs publics seraient mis au chômage technique, la bêtise ayant été éradiquée après l’éducation des abrutis. Mon rêve est de voir des hommes politiques exempts de tout reproche, des dirigeants de grandes multinationales soucieux de la terre qui nous accueille et des hommes qui y vivent.

Non, mes rêves mythomanes ne sont pas alimentés par une récente liaison, jusque là secrète, avec Cécile Duflot, mais bien sincères ; je le souhaite, l’espère et, insoucieux, l’attend. Je rêve de voir de vrais intellectuels, de vrais politiques, avec de vraies solutions, de vraies idées. Le monde est, j’en suis certain, rempli de personnes de ce type, le travail consisterait désormais à leur accorder un soupçon de crédit, ou mieux encore (une folie) 15 secondes sur TF1, faisant passer une interview de Ségolène Royal ou Xavier Bertrand à plus que 14 minutes et 45 secondes … (quelle injure!).

Oui, aujourd’hui je deviens comme tout le monde ; humaniste, à moitié tolérant et finalement presque chiant. Je serais maintenant presque disposé à payer en nature n’importe quel génie qui pourrait nous pondre une idée, une solution, presque un miracle ; un illuminé qui aurait au moins de vraies convictions qui rouleraient des pelles à un semblant de courage. Qui est celui qui nous libérera de ces débats, qui n’ont de débat que le nom, où l’on aurait presque l’impression d’être accoudé à un comptoir, entendant brièvement les piliers de bars nous refaire le monde après quelques pintes. Quel gâchis, en effet, il est de voir certains esprits encore compétents se prostituer auprès de partis qui ne le sont plus, et qui feraient mieux d’utiliser tout leur argent à se payer un peu de bon sens, celui-ci qui, au pauvre marché de l’esprit réellement libre, coûte désormais une fortune de par sa rareté.

Inutile cependant de m’accabler de «fais le toi même puisque apparemment t’es le meilleur» ; en fait, chacun son truc. Moi je préfère largement faire l’amour à tous les puceaux de provocation, qu’on ne m’en demande pas plus. J’ai pourtant eu la prétention de pouvoir mener une série de douze articles sur la poésie française, mes pages racontant avec brio le parcours d’un Verlaine des temps modernes, Philippe Katrine ; elles ont pourtant été refusées, la série Art déjà confiée. J’aurais surement pu me lancer dans la critique cinématographie, rédigeant des papiers sur des films étant même plus longs que la taille de leur scénario presque avatarien ; malheureusement, la place de cinéma m’étant rarement offerte je préfère dépenser mes quelques milliers d’euros d’argent de poche mensuels à financer les quelques boites de nuits de la ville et à tenter de relancer l’économie régionale en redonnant du travail aux trafiquants en tout genre. J’avais même prévu d’écrire sur les pavés de la place Notre Dame, ayant pris le temps de les compter un soir où je ne retrouvais plus la porte de mon immeuble ; quel dommage que l’on m’ai coupé l’herbe sous le pied et déjà écrit sur cela. J’avais pourtant espéré avoir suffisamment de talent pour écrire des articles on ne peut plus intéressants racontant l’ennui que l’on éprouve un dimanche férié en plein novembre. Non, ce boulot n’était pas pour moi, la rédactrice en chef étant bien plus brillante dans ce domaine que mon petit nombril minable, et c’est pourtant elle-même que je me garderai bien de critiquer ; elle, qui a déjà le courage de m’offrir une tribune, subissant les remarques de démocrates tolérants et fans de la page Facebook «Révolution en Tunisie» qui voudraient me faire taire.

Après tout, le seul poste encore à pourvoir était finalement celui de petit chroniqueur prétentieux, racontant une vie dont personne n’a rien à foutre, et critiquant allègrement les gens tentant de rivaliser d’égo avec moi-même, n’aimant pas les gens plus pédants que moi. J’en appelle donc aux engagés ; oui, ceux qui veulent faire de la politique et non pas du théâtre, ceux qui rêvent davantage de donner un toit aux sans-abris que de coucher avec la Carla Bruni de demain. Certains de mes frères, fidèles à Notre Dame de Sciences Po, où l’uniforme se portera dès la rentrée prochaine, se feront, je n’en doute pas, âme charitable pour tenter de sauver le bateau France se dirigeant lentement mais surement vers un iceberg de misère intellectuelle. Homme, femme, homosexuel ou transsexuel, français, arabe ou même guadeloupéen, en tongs-chaussettes, ou en Prada et même en Zadig et Voltaire avec un sac Longchamps (soyons fous), tout le monde peut tenter sa chance. Aucun besoin d’avoir Twitter et de passer sa vie sur Facebook, rien de sexuel ne sera demandé ni de référence exigée ; les idées seront toutes les bienvenues. Inutile cependant de ressortir un programme du Modem, du PS ou même de l’UMP ; le but étant avant tout de rédiger une politique viable plutôt qu’un sketch de Mimi Mathy joué par JM Bigard.

Aujourd’hui pourtant je fais ma boudeuse, et devient très réticent à l’idée d’écrire dans un journal où la bien pensance n’est plus seulement un maître mot mais bien un courant de pensée. Oscillant entre le journal intime d’un adolescent frustré dégueulant tout son mal être sur son école – ouais – olalala qu’esquon travaille trop – mon dieu!- mais j’ai envie de dormir moi, écrivant sur son école et pour son école, et un florilège d’articles wikipediens, tous très sensés, et pour lesquels on peut désormais s’attendre à lire sur la reproduction des marmottes en hiver et l’antisémitisme inconscient chez la population Romani. Il ne faut pas se méprendre ; j’adore lire ces articles. Ils sont très bien écrits, et par des gens brillants qui nous offrent le temps d’un instant le soupçon d’une culture éphémère. Alors bon, on pourra toujours dire, critiquer pour critiquer est bien facile et qu’il s’agit là d’une prétention que même Delon ne s’autoriserait pas. Et pourtant, la vraie prétention aujourd’hui, où le melon est presque devenue une obligation, ne serait-elle pas finalement de critiquer les autres tout en se laissant critiquer sans y voir aucun problème ; ce serait ainsi le moyen de trouver une certaine humilité chez certaines personnes, bien plus enclines à critiquer qu’à se voir critiquer.

Je m’arrêterai là pour ce papier, ayant désormais pris peur d’aller trop loin ; et quand je vois ce qu’il est tristement arrivé à cette grande tapette de Galliano je me dis qu’il vaudrait mieux que je m’achète le manifeste du parti ironique, où le politiquement incorrect est lui-même une ironie. Je m’excuse d’avance pour les personnes qui se sentiront touchées à l’écoute de ces quelques phrases ; qu’elles se rassurent, une critique de merde, aussi sérieuse soit-elle, restera toujours une critique de merde

Hugo Ferrer

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