François Bayrou sur les pas de Charles Martel

Comme on nous l’a déjà dit, il n’y a plus grand monde qui se déplace à Poitiers. On a bien eu Charles Martel et Jeanne d’Arc (et encore elle n’est pas restée longtemps), donc quand c’est le cas, on ne fait pas la fine bouche. Enfin il y a bien eu Ségolène, qui a décliné à chaque fois nos invitations, mais ne s’est pas faite prier pour aller camper à la Fnac dédicacer son livre. C’est pourquoi, quand François (pas Hollande, l’autre) a bien voulu faire un petit détour par la Vienne au cours de sa campagne électorale, nous avons saisi l’occasion de faire l’expérience d’un meeting.

Alors que les images diffusées à la télévision nous montrent des jeunes sautillant sur place comme à un concert, brandissant des drapeaux tricolores, scandant le nom de leur candidat, et entamant à pleins poumons quelques passages de la Marseillaise, quelle ne fut pas notre surprise en arrivant de voir que la moyenne d’âge du meeting dépassait agréablement les 60 ans.

800 places assises, Poitiers manque d’ambition. On nous place arbitrairement, mais qu’importe, au moins nous sommes sur les premières rangées, prêtes à sourire de toutes nos dents à des caméras omniprésentes pour montrer notre intérêt l’espace d’une soirée au candidat du Modem qui se fait désirer. Derrière nous, des personnes âgées grognent et grommellent que tout cela n’est que de la poudre aux yeux, que c’est juste du politiquement correct de placer les jeunes devant tout le monde. Pardon m’sieur dame, mais ce sont les organisateurs qui en ont décidé ainsi, il faut bien mettre un peu de dynamisme dans la campagne qui bat de l’aile de François Bayrou.

Distribution de pancartes « Bayrou président » avec des couleurs pour tous les coups à agiter « de temps en temps, mais pas tout le temps hein ». D’accord on y veillera. La salle continue de se remplir, le héros du jour n’est toujours pas là. On trépigne, on donne un énième coup d’œil au portable. La salle est pleine, des gens se calent debout où ils peuvent. Les habitués des meetings se retrouvent, les bises claquent, presque surpris de se voir là. La salle est pleine, ça s’assoit par terre devant, ça se masse dans l’allée principale. On entend des « T’as pas vu Jean-Michel et Christine ? » qui apparemment devaient venir dans un bus depuis la Charente-Maritime, mais qui ont du se perdre dans la foule. Soupir de soulagement, quelqu’un aperçoit Christine au loin, arborant fièrement son t-shirt orange fluo. « La vague orange vous emportera » nous a-t-on dit.

Deux représentants du Modem se succèdent sur scène, des discours très plan-plan sous le coude, nous remerciant d’être présents. Rien d’extraordinaire en soit. Ben l’Oncle Soul reprend tranquillement dans son coin. Soudain la musique de la campagne envahit la salle bondée. Tout le monde se lève, c’est l’heure d’accueillir celui pour lequel nous avons fait le déplacement. Coup d’œil à droite, à gauche. Mystère et boule de gomme sur l’endroit où il va apparaître. Mais toute la salle est déjà en effervescence. Les caméras se bousculent, jouent des coudes pour filmer François Bayrou sous son meilleur angle. Il passe de notre côté. Ma voisine et moi arrivons rapidement à lui serrer la main avant qu’il monte sur scène sous les hourras de la foule en délire.

L’homme providentiel leva les bras et ses partisans se turent. Apparemment, il faisait chaud. Trop chaud. Et François fit tomber la veste, ce qui se traduisit automatiquement par des sifflements de sexagénaires se regardant entre elles en gloussant. Il ne s’agit pas ici de retracer le discours du candidat ou d’inciter qui ce soit à voter pour lui. Pour faire court, l’emploi, l’éducation, le bois, l’Allemagne, le service public, les élus n’ayant aucun compte à rendre à leurs électeurs, la solidarité… Autant de thèmes qu’il développe en un peu plus d’une heure et quart, entremêlées d’applaudissements frénétiques, de « François président », et d’étudiants de Sciences Po sur scène pour chanter l’hymne national.

Sous les vivas de militants persuadés de la victoire de leur candidat, celui-ci se hâte de quitter son pupitre et se diriger vers la sortie. C’était sans compter sur Meghboula qui passait par là, et la seule a avoir réussi à se faire tirer le portrait avec le deuxième François de l’élection. Disparu aussi rapidement qu’il s’est montré, mais emportant avec lui le cœur de ses militants comblés, il reste le seul à avoir pris le temps de venir dans une petite terre d’électeurs. Un pays uni, rien ne lui résiste ?

Article écrit par: Helène Bourrée

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