Le charme déçu d’une vierge, des coptes et moi

Namir Abdel Messeh, cinéaste franco égyptien décide rentrer en Égypte afin de faire un film sur les apparitions miraculeuses de la Vierge qui, depuis 1968, sont relativement fréquentes dans la communauté chrétienne égyptienne, les coptes.

Le projet du film, à l’origine un documentaire, bascule très vite dans le récit personnel du retour de Namir aux sources, chez sa famille d’origine paysanne dans un petit village du Saïd, au sud du Caire.
Entre fiction et réalité, cette mignonne comédie parle de tout sauf de… la vierge et les coptes.

Pauvre Namir qui vraisemblablement n’a pas choisi le titre de son premier long métrage. Moi qui suis allée voir le film à tout hasard, sans avoir aucune idée de ce que j’allais voir, je m’attendais – vu aussi la situation actuelle en Égypte – à un ouvrage, disons, un peu plus engagé.
Je me retrouve face à une comédie familiale. Namir ou le retour au terroir. Au bled. Certes, bled peuplé de coptes, le réalisateur étant d’origine copte lui même.

« On ne comprend rien à tes films» dit avec justesse la mère du cinéaste au début. Ce film est en effet décousu, plusieurs sujets se superposent et s’enchainent, sans lien apparent. « Je me suis rendu compte que le lien entre tous les sujets est le personnage de Namir » répond en fin de séance le réalisateur à une question. Le réalisateur incarne le rôle du personnage principal qui se met « accidentellement » en scène.
On assiste d’abord aux difficultés de la mise en œuvre d’un documentaire : trouver des fonds, attirer l’intérêt de producteurs, s’installer au Caire, dénicher des témoins – et des témoignages. Ensuite, comment peu à peu Namir lâche le projet initial, se laissant porter par l’appel des origines. Finalement il s’agit tout bonnement d’un film sur le réalisateur et sa famille, dans un trou égyptien, qui ne manque ni de charme, ni d’authenticité.

On pourrait prendre ce film pour une comédie simplette. La trame l’est, aucune histoire de fond ne se cache derrière cette heure et demie d’images : l’esthétique picturale n’est en aucun cas la prétention de l’auteur, qui sans prétentions a su donner à son film une incroyable gamme de sentiments tous les plus charmants les uns que les autres. Car l’esthétique se trouve justement dans l’authentique village, plein de traditions et d’une simplicité désormais inexistants en Europe. Cette véracité du « tiers-monde », des campagnes mexicaines, égyptiennes, du Pérou ou du Maroc. Les habitants se meuvent au rythme des traditions, des saisons religieuses, des fêtes et des célébrations. Quand les valeurs sont toujours ancrées dans le quotidien, l’on respire le vrai.

Ainsi, si Namir Abdel Messeh n’a pas crée un chef d’œuvre du cinéma, il a excellé dans la mise à l’écran d’une tradition qui se perd. Une scène est particulièrement marquante. Namir avec sa grand-mère, ridée et fripée comme un pruneau, parlent lorsque tout d’un coup le petit fils tire le micro au dessus de lui et fait découvrir à son aïeule une technologie dont elle est totalement étrangère. En toute simplicité, en toute intimité on est propulsés dans une vie ailleurs.
La salle rit car en France on adore le coté pittoresque de la scène. Mais moi, aux côtés de deux autres latinos plus proches du décalage entre la ville et la campagne, j’ai ressenti les frissons de la nostalgie de mon pays.

Toutefois, si l’on peut admirer la subtilité de la modestie du film, l’on peut aussi reprocher que ce film soit « trop » simple, car aucune histoire ne se dégage autre qu’un récit autobiographique que le réalisateur a apporté à l’écran, l’on reste sur sa fin. On ne comprend pas où l’auteur veut en venir, si c’est qu’il a un but ! On progresse dans le temps sans progresser dans l’action. Du début à la fin on stagne sur la case départ, ayant parfois une impression de bouger un peu, mais en fin de compte La vierge ne raconte l’histoire de rien, car en dehors de ces émotions passagères face à certaines scènes, aucun sentiment global n’est exprimé par cette succession d’images. Je ne suis sortie de la salle ni bouleversée, ni émue, seulement avec la sensation d’avoir passé un agréable moment devant un film correct.

Bref, si il faut conclure sur La vierge, les coptes et moi, je pourrais dire un mot : paradoxal. Paradoxal dans les sentiments que le film dégage, paradoxal sur la qualité artistique, cinématographique. Ce n’est en aucun cas un film que je recommanderais à tout prix, sans non plus le déconseiller. Ainsi, libre à vous, lecteurs, d’aller analyser le sujet de ma déception !

Article écrit par: Axelle Déchelette

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