TAMBOURS, RHINOCÉROS ET PYJAMAS : UNE SEMAINE ORDINAIRE À CHABOUREAU

C’est avec l’envie de rejoindre ma couette et ma tasse de thé que j’ai poussé la porte de Chaboureau mardi dernier, dans le froid et la triste grisaille d’un matin d’hiver ordinaire. C’était sans compter les artistes du campus : comme pour remplacer la chaleur qui semblait avoir fui pour toujours des terres poitevines, ils ont débarqué avec leur bonne humeur aux couleurs exotiques. Le thème, impressions africaines, semblait choisi exprès, comme un paradoxe criant qui vous file illico une dose de dynamisme pour la journée.

A 10h, on a senti vibrer du hall jusqu’à la bibliothèque les tambours du Batuclan qui paraissaient renouer avec leurs origines africaines, comme s’ils voulaient se faire entendre jusqu’à l’autre bout du monde. A l’heure du couscous du BDA, Bolivar s’est transformé en cinéma et l’équipe de Cinedixion nous a présenté deux courts métrages : l’un m’a convaincu que le mois de novembre, c’était finalement fort drôle (si si, je vous jure… au moins à l’écran… bon ok, seulement comme un souvenir très très lointain et après plusieurs mois de psychanalyse). L’autre illustre toute la maitrise dont ont fait preuve les réalisateurs et acteurs en herbe en adaptant les codes du cinéma des années 50 à la réalité du vodka-nutella-demain-on-verra propre aux irresponsables que nous sommes tous un peu, au fond de nous (enfin, plus au moins au fond).

Après ce passage par la case 7ème art, les comédiens du campus ont exploré les voies de l’improvisation, ce qui a donné lieu à des scènes irréelles et bien souvent à mourir de rire : de l’idylle impossible entre un rhinocéros et une hippopotame à un accouchement en plein désert qui se termine en bébés grillés, les Saltamontes ont montré leur capacité à s’adapter aux propositions improbables du public (ainsi que leur folie congénitale et brillante). La troupe du projet collectif « Thé à la menthe ou t’es citron ? » a elle aussi joué avec l’imprévu, incarnant tour à tour un Harry Potter égyptien ou des crapauds sudistes (j’admire au passage la maitrise de l’accent du sud qui ferait presque accourir les cigales dans le Poitou Charente). Tout le challenge résidait dans le pari de reproduire les improvisations en 15 secondes, puis en 5, ce qui a donné lieu à des courses hilarantes et joyeusement dingues. Enfin, nous nous sommes envolés pour un village africain en fête avec quelques danseurs de Ya Tu Sabes qui nous ont fait (re)découvrir un extrait de la performance réalisée au mini-CRIT 2013, nous offrant une chorégraphie exécutée avec talent et énergie.

La journée qui avait commencé en musique a fini en musique avec Tres Pesos. C’est une claque d’émotion brute que nous ont filé les musiciens en interprétant les mélodies qui font les clichés africains : Le lion est mort ce soir, Hakuna Matata… bref, de la bonne humeur à l’état pur. Enfin, les voix fortes des choristes chantant le désormais traditionnel Oracão ont, j’en suis sûre, résonné plusieurs heures comme un hymne dans toutes les têtes de ceux qui sont fier d’appartenir à un campus où les artistes sont si talentueux.

Couper court à la routine est une discipline dans laquelle les sciencespistes semblent exceller puisque après ce mardi festif, ce ne sont pas des étudiants en costard-cravate buvant leur café et parlant politique qui peuplaient Chaboureau (comme on pourrait le croire en écoutant la vindicte populaire), mais de grands enfants en pyjama, pantoufles ou peignoir qui se sont retrouvés autour de croissants et de chocolat chaud. Une journée à l’air surréaliste, peuplée de dessins animées et de cabanes de couvertures ; l’absence imprévue d’un professeur a même donné lieu à une séance de cinéma-cocooning avec la diffusion de Jeux d’Enfants en Bolivar, comme un retour au temps où il n’y avait pas école le mercredi et où l’on regardait les Totally Spies avec son doudou.

Merci donc à l’équipe du BDE pour son Happy Morning, merci à tous les artistes du campus, merci au BDA pour l’organisation de la journée artistique. Que ceux qui pensent que la routine est déjà confortablement installée dans la petite communauté euro-latino-américaine de Poitiers se détrompent : ici, vous trouverez toujours quelqu’un pour faire quelque chose de fou, d’imprévu, de beau, quelque chose qui réchauffe et qui rend fier, quelque chose qui donne le courage d’affronter le froid de novembre.

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