Un combat pour la liberté, témoignage d’ex-otage

On se souvient tous de la libération d’Ingrid Betancourt. On a toujours en tête ces photos mondialement partagées mais également les polémiques qui ont suivi. Mais peu de gens savent réellement ce qui s’est passé dans la jungle. Sauf ceux qui ont lu son livre, Même le silence a une fin. Il décrit avec précision ses six ans et demi de captivité aux mains des FARC, en Colombie.

Ce roman, l’ex-otage l’a écrit pour ses enfants à qui elle n’arrivait pas à raconter en détails ce qu’elle avait vécu. Parfaitement compréhensible quand on découvre les conditions inhumaines de sa détention : enchaînée, isolée, humiliée, battue, violée… la barbarie humaine dans ce qu’elle a de pire. Mais ce n’est pas un roman où les horreurs se succèdent. L’auteure ne se contente pas de décrire l’enfer qu’elle a vécu ; elle évoque également d’inattendus moments de joie tels que la lecture d’Harry Potter ou encore les cours de français donnés aux autres otages !

Au-delà d’un simple témoignage de vie, il nous fait découvrir tout un monde, celui des FARC, et détruit bien des préjugés. Les guérilleros sont souvent des adolescents embrigadés, endoctrinés, de l’âge de ses propres enfants…

Mais surtout ce roman nous captive, et ce, dès le début, qui s’ouvre par sa quatrième tentative d’évasion. Ces huit-cents pages, vous ne les verrez pas passer. Même le silence a une fin se lit d’une traite tel un roman d’aventure. Un roman d’aventure ? Oui, car être en captivité aux mains des FARC, ce n’est pas rester au même endroit pendant cent-sept ans. C’est changer sans cesse de camps, de guérilleros et surtout parcourir des milliers de kilomètres à pied, en barque, à dos d’homme (lorsque l’on est malade !) ou en voiture. Et le lecteur ne reste pas passif, il se retrouve lui aussi complètement transporté dans la jungle amazonienne peuplée d’insectes. Il erre sous les pluies diluviennes. Il retient son souffle lors des tentatives d’évasion et attend avec impatience la fin qu’il connaît déjà.

Il y a une autre chose qui impressionne le lecteur. Le roman est remarquablement bien écrit. Un style sans pathos, caractérisé par une certaine distance et pudeur : en quatre lignes, le viol nous est décrit de manière subtile. L’auteure l’explique par le choix du français, langue étrangère au drame.

Mais surtout Ingrid Betancourt analyse le comportement de ceux qui l’entourent tout comme le sien et c’est là que réside la lucidité de ce roman. Elle reconnaît ses fragilités, ses défauts. « La jungle nous métamorphosait en cancrelats », écrit-elle. Subtilement, Ingrid Betancourt nous fait réfléchir sur la nature humaine. Que devient-on lorsque l’on ne possède plus rien, que l’on est traité comme des animaux, que l’on vit enfermé dans une cabane pendant plusieurs mois avec d’autres que l’on n’a pas choisi ? Comment survivre et ne pas adopter un comportement bestial ?

Son témoignage de vie ne se limite pas à son récit. Il s’inscrit au-delà, tout au long de sa post-libération. Pour l’avoir rencontrée à Lisbonne il y a trois ans, Ingrid Betancourt est une de ces résilientes qui a su tirer profit d’une expérience traumatisante pour mieux repartir. A l’entendre parler et en discutant avec elle, on découvre une femme dont on a l’impression que dégage une certaine sagesse comme si toutes ces années de détention n’avaient pas été inutiles. Presque paradoxalement, c’est de la bouche de quelqu’un ayant été violée, battue, humiliée, qu’émane un message empreint d’espoir et d’optimisme. Elle nous incite à poursuivre nos rêves (le sien ayant été son combat politique), l’important n’étant pas de les réaliser mais le chemin parcouru. Aujourd’hui, entre un livre paru en juin* et des études à Oxford, elle réalise une thèse sur la théologie de la libération. C’est peut-être là sa plus belle leçon de vie : quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, il est toujours possible de se relever et de repartir de plus belle. Un message certes rabâché mais que l’on a tendance à oublier au beau milieu de nos préoccupations quotidiennes et qui prend alors tout son sens dans cet ouvrage.

Ingrid Betancourt est sans conteste une personnalité critiquée et polémique. Toutefois, même si l’on ne partage pas l’avis de l’auteure et ses opinions politiques, ce roman vaut la peine d’être lu. C’est un de ces témoignages poignants, de ceux qui interpellent, marquent et font grandir.

*La ligne bleue, Ingrid Betancourt, Paris, Gallimard, 2013

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