Carnets de voyage de deux anciens poitevins

Florian Bercault et Luisa Hernandez, les deux professeurs du cours sur le crowdfunding, s’asseyaient il y a peu sur les mêmes chaises que nous, dans l’hôtel Chaboureau : c’est donc une rencontre ponctuée d’anecdotes familières sur le Poitiers d’il y a quelques années que m’ont offert ces deux anciens poitevins.

La 3A de Florian : « les cours c’est bien, mais la pratique c’est encore mieux »

Florian Bercault, qui termine actuellement son double diplôme HEC-Sciences Po, rédige son mémoire sur l’impact du mouvement participatif sur les modèles économiques de la presse. Il sort tout juste d’un stage à Matignon, au service du Premier Ministre, centré sur les affaires méditerranéennes en financement et marchés internationaux. Sa mission était de créer une fondation pour le cofinancement d’infrastructures durables, grâce à une plateforme web de mise en relation d’acteurs privés, d’investisseurs publics, de fondations privées-publiques et d’acteurs de la société civile via le crowdfunding. De l’économie à la politique en passant par le journalisme, Florian Bercault est sans doute le symbole du jeune talentueux qui explore toutes les pistes avant de choisir, l’exemple du science-piste motivé et ambitieux. Au fil de son récit de 3A assez atypique, se dessine dans mon esprit le portrait du jeune 2A qu’était Florian et à qui certains ressemblent : ambitieux, culotté, le monde et la vie devant soi, et sûrement comme nous tous encore un peu idéaliste.

Florian n’a d’abord qu’une exigence pour sa 3A : faire un stage. C’est pour cela qu’il abandonne l’idée du Brésil, où il est plus compliqué pour lui de trouver un stage dans le secteur privé, et opte finalement pour Londres. Là-bas, il se lancera d’abord sur la voie mouvementée du journalisme, avec un stage rémunéré chez France in London, un site franco-britannique qui diffuse de l’information à destination de la communauté française installée à Londres. D’un reportage sur l’utopique projet de métro sous la Manche à une tribune sur la liberté d’expression après l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, c’est le temps de la découverte et de la liberté. En parallèle, Florian s’investit dans la campagne électorale d’Axelle Lemaire (aujourd’hui ministre du numérique) aux élections législatives des Français de l’étranger : pour la première fois, ces derniers peuvent voter pour un député qui les représentera en tant que Français de l’étranger. Le jeune 3A va pourtant découvrir les difficultés du stage et du monde du travail et apprendre que « c’est pas toujours tout rose, la 3A » : peu à peu, son engagement politique à gauche ne colle plus avec son poste de stagiaire dans une rédaction plutôt orientée à droite, et c’est d’un commun accord avec sa direction qu’il rompt la convention de stage. Commence alors la seconde partie de sa 3A, plus agitée, plus politique et plus galère aussi : n’étant plus rémunéré, Florian donne jusqu’à 15 heures de cours par semaine pour arriver à vivre dans une des villes les plus chères du monde. Mais il est indépendant et fait ce qu’il veut, et c’est ce qui compte : il s’investit encore un peu plus aux côtés d’Axelle Lemaire, notamment en montant l’antenne londonienne du think tank politique progressiste Terra Nova, organise des débats avec l’association Franco-British Connection (dont il est aujourd’hui vice-président)…

 

Une année de décisions dans le melting-pot londonien

Malgré d’inévitables pincements au cœur lorsqu’il parle de son projet avorté de 3A au Brésil, Florian est loin de regretter son année à Londres : c’est ce parcours original et unique, modelé au gré de ses envies et de ses opportunités, qui lui aura notamment permis de se décider pour la voie du commerce et de la politique : il a depuis été assistant de campagne du PS en Mayenne pour les élections municipales et est actuellement responsable de la partie économique du think tank Cartes sur Table. C’est cette année qui lui aura fourni des contacts, des capacités d’adaptation et une expérience précieuses dans le monde du travail et de la politique. A noter pour les futures stagiaires : ne pas être entouré d’étudiants ne signifie pas dire adieu à toute vie étudiante et festive, bien au contraire. Florian se souvient bien de la vie animée des rues londoniennes, de l’énorme dynamisme de cette capitale du melting pot, dont il a pu profiter grâce aux autres sciencepotes en 3A à Londres et à leurs connaissances.

 

La 3A de Luisa : la liberté à la brésilienne

A côté de lui, Luisa, guatémaltèque et brésilienne, me conte une 3A un peu moins singulière mais tout aussi passionnante. « Je ne voulais pas un travail, je me suis dit ‘t’auras toute la vie ensuite pour faire ça’ » : Luisa opte donc, comme la plupart d’entre nous, pour un séjour d’étude. Ce sera le Brésil, ce pays qu’elle connaît déjà un peu et auquel elle est très attachée ; sa mère lui affirme qu’elle l’idéalise car elle n’y passe que de courts séjours de vacances, Luisa veut découvrir par elle même le vrai Brésil.

C’est parti donc pour une 3A à l’Unicamp, à Campinas : de cette année, elle garde le souvenir de cours intenses et diversifiés, allant de l’économie aux politiques publiques de santé et d’éducation, en passant par le cinéma. Entre nuits blanches de travail, Batucada, voyages et vie étudiante active, cette année est celle de l’épanouissement intellectuel et personnel. Quand Luisa parle de sa tendance à sociologiser les brésiliens, je devine une caractéristique commune à ceux d’entre nous qui, sensibles aux bases de sociologie apprises en deux ans, ne peuvent s’empêcher d’observer ceux qui les entourent. J’imagine que cette inclination se retrouve renforcée par la confrontation à l’étranger, au différent : Luisa me parle ainsi de son étonnement et parfois de son incompréhension face aux brésiliens. Elle évoque notamment leur relation à l’amitié : très vite proche de l’autre, le brésilien ne crée une véritable intimité qu’à force de temps, au contraire d’un français chez qui proximité et intimité vont souvent de pair, même si elles sont plus longues à se mettre en place. Les relations amoureuses aussi sont propices à la comparaison : « au Brésil, tu embrasses n’importe qui à n’importe quel moment, tu t’en fous, mais une fois que t’es en couple t’es marié ». Futurs 3A au Brésil, à bon entendeur…

Moins différente que la 3A de Florian, celle de Luisa n’en est pas moins une rupture totale avec la vie survoltée des deux ans à Chaboureau : à l’opposé d’une hyper-activité que nous connaissons bien, de ce marathon quotidien entre associations, projets collectifs, sports et exposés, la liberté quasi totale de la 3A peut faire peur quand elle prend des allures de vide. Alors Luisa s’investit à fond dans les cours et dans des activités, elle voyage beaucoup, organise un road-trip d’un mois en combi… Finalement, c’est sans doute le conseil qu’il faut retenir : fini l’engagement associatif servi sur un plateau, car une 3A réussie, c’est une 3A que l’on remplit par soi -même d’activités extra-scolaires et de voyages.

La crise post-3A

Quand j’interroge les deux amis sur leurs éventuels moments de doute, ils me répondent que malgré quelques coups de blues et difficultés en 3A, le plus dur, c’est le retour. Car la 4A, c’est le retour à la vie réelle, c’est la fin de l’escapade, c’est la découverte de la vie parisienne parfois grise et triste, et souvent hors de prix. Luisa confie que le retour fut très difficile pour elle, à tel point qu’elle faillit repartir. Ce sont finalement les Birds, l’équipe de rugby de Sciences Po Paris, qui lui ont permis de dépasser la crise ; elle a aujourd’hui terminé son master en développement international et réalise un stage de pré-embauche dans une entreprise de conseil.

S’il y a une morale dans cette histoire, ce serait celle là : profitons de notre 3A, elle est unique et courte, et nous avons carte blanche pour la dessiner. Il nous faut certes tourner la page poitevine : mais pour les deux amis, ce fut aussi un soulagement de quitter l’intimité du campus parfois étouffante. Et puis les amitiés forgées à Poitiers ne se défont jamais, à l’image de Florian et Luisa qui travaillent aujourd’hui ensemble sur un grand projet, appelé Multiplica : réaliser un état des lieux du crowdfunding en Amérique Latine, puis envoyer leurs résultats aux dirigeants latino-américains pour tenter de monter les assises du crowdfunding sur le sous-continent. A terme, le projet Multiplica pourait donner naissance à une ONG de conseil aux gouvernements et d’aide au développement de plateformes de crowdfunding. Ce projet, ils le portent tous deux avec un enthousiasme communicatif et en collaboration notamment avec d’autres anciens poitevins.

A suivre…

Je ressors donc de cette rencontre la tête pleine de rêves d’exotisme et d’un nouveau stock d’anecdotes poitevines : rendez-vous une prochaine fois pour découvrir comment les Sodomites sont nés, ou encore comment notre campus, toujours un peu plus révolutionnaire que les autres, fut le terrain d’une contestation organisée et de la rédaction d’une lettre ouverte –l’Histoire se répèterait-elle ? – ; et je quitte Florian et Luisa devant la Grange à Pain d’où ils ressortent avec un stock de nos madeleines préférées.

 

 

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