Damien LARROUQUE : une année au coeur du monde rural latino-américain

Si vous ne l’aviez pas encore croisé dans les couloirs le semestre dernier, vous l’avez sûrement vu à Madrid. Doctorant en Sciences Politiques, Damien LARROUQUE donne plusieurs cours au campus de Poitiers . Il y a quelques années, il était à notre place et se concoctait une troisième année atypique.

Quel était votre projet de troisième année ?

Je suis allé à la rencontre du monde rural latino-américain afin de voir quelles ont été les mutations liées à la globalisation et aux accords commerciaux déloyaux passés avec l’Union Européenne et les Etats-Unis. Je suis moi-même fils d’agriculteur français ; connaissant les difficultés que peut traverser la profession, j’avais envie d’étudier la situation des petits producteurs dans des pays où l’état régulateur n’existe pas. Je me suis ainsi rendu en Argentine, en Uruguay, au Brésil, au Chili, en Bolivie, au Pérou et en Equateur.

En Argentine, j’ai par exemple analysé les conséquences de la culture exponentielle de soja transgénique, qui menace d’autres cultures, notamment celle de la viande (NDRL : la poussée du soja transgénique a entraîné une diminution considérable des cultures nécessaires à l’alimentation des Argentins). J’ai ainsi rencontré un producteur de viande qui exerçait son métier par passion et tradition familiale : la semaine, il était médecin urgentiste à l’hôpital de Rosario, et le week-end, il partait dans sa propriété du sud de Santa Fe pour s’occuper de ses vaches. Cultiver la viande était pour lui une manière de résister au grignotage du soja.

Une question un peu plus pratique : où logiez-vous ?

J’ai fait fonctionner le réseau poitevin à plein régime : quand j’allais dans des capitales, je me faisais héberger par mes amis de Poitiers. Et puis, quand les gens du pays m’accueillaient, ils me donnaient des contacts, qui eux-mêmes me donnaient des contacts. En fait, cette solidarité a surtout été très forte en Argentine et en Uruguay ; en Bolivie et au Pérou, le niveau de vie étant très peu élevé, je pouvais me payer des hôtels plus souvent.

 Comment avez-vous financé un projet d’une si grande envergure ?

J’ai été lauréat de la Bourse Max Lazard (NDLR : la bourse Max Lazard soutient des recherches originales, abordant une question à portée sociale et civique) en mars 2008. Cela m’a donné une certaine crédibilité, et a favorisé l’obtention d’autres aides, notamment du Conseil général et du Conseil Régional du Poitou-Charentes. Finalement, j’ai réussi à rassembler 8000 euros.

 Comment avez-vous mis à profit cette expérience ?

Je bénéficiais de l’appui institutionnel de l’OPALC, pour laquelle j’ai été stagiaire : en réalité, mon projet personnel s’est converti en stage. J’ai écrit de nombreux articles, l’équivalent de 350 pages, pour le site de l’OPALC. Mes contributions étaient à la frontière entre le carnet de voyage et le travail de recherche : je tenais un carnet de bord, tout en m’appuyant sur des recherches et beaucoup de lectures. Parmi ces contributions, une a été présentée au Quai d’Orsay en décembre 2009 (« Le monde rural confronté aux défis de la mondialisation », disponible en libre accès sur Internet). C’est d’ailleurs depuis cette année-là que la présentation d’un rapport annuel de l’OPALC au Quai d’Orsay s’est instituée.

J’aurais également aimé écrire un livre, mais tout s’est enchaîné rapidement avec mon Master en Sciences Politiques, puis mon doctorat, que je termine cette année.

Marie GENTRIC

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