Jeunesse, lève-toi pour la cause des enfants-soldats!

Concours de plaidoirie D’Amnesty International sur les enfants-soldats

Voici mon plaidoyer qui suit. Plaidoyer qui m’a valut de disputer une belle finale contre un apprenti-avocat du barreau de Poitiers. Bonne lecture.

Fenelon disait « Les premières années d’un enfant sont les plus précieuses, elles décident du sort des autres ». Violer ces années c’est donc violer les autres, c’est violer l’humanité. Et dans le même ordre, si on laisse des enfants partir à la guerre, c’est l’humanité toute entière qui part à la guerre. Aujourd’hui, entre 250 000 et 300 000 enfants combattent dans le monde. Ces enfants vivent dans les conditions les plus intolérables, les plus choquantes, les plus violentes. On les appelle des enfants-soldats, je les appelle des enfants-martyr.

Si vous ne le saviez pas, un enfant-soldat est un être humain âgé de moins de 18 ans, recruté par une armée ou participant simplement à un conflit armé.

Natalia est une fille de 16 ans. Elle est congolaise. Entre l’âge de 12 et 14 ans elle était une enfant-soldate. Elle a été violée, torturée, inhumanisée. Aujourd’hui elle s’est échappée de ce monde cruel mais ne sait où aller.

Je ne suis pas là pour faire le procès du ou plutôt des violeurs de Natalia, des hommes qui ont également assassiné ses proches, violé sa mère, violé ses soeurs. Je ne suis pas là non plus pour défendre les crimes commis par les oppresseurs d’une fille qui au lieu d’être à l’école, a passé deux années de son adolescence sur un champ de bataille. L’idée ne m’est pas venu de faire d’aujourd’hui un cours de droits de l’enfant et encore moins un cours de sociologie.

Non. Ce que j’espère faire de cette tribune c’est de répondre à la question suivante: Natalia a-t-elle un avenir?

Mesdames et messieurs les jurés, membres de l’auditoire, je suis ici pour vous démontrer que oui cet enfant a un avenir, que son cas ne peut et ne doit être laissé dans l’oubli.

Comme disait Ishmaël Beah, un ancien enfant-soldat en Sierra Leone « On ne naît pas violent, on le devient. C’est si facile pour un enfant de devenir soldat, si difficile ensuite de lui faire récupérer l’humanité qu’il a perdue. Mais c’est possible ». Natalia aurait donc les moyens de récupérer l’humanité qu’elle a perdu. Natalia peut réapprendre à vivre, elle peut cesser de vivre dans l’angoisse de se faire tuer d’une minute à l’autre. Même si elle n’oubliera jamais, jamais, jamais cette époque où tenir une arme à 12 ans et le pointer vers des femmes et vers d’autres enfants n’était qu’une question de routine, Natalia peut réapprendre à vivre. Oui elle peut réapprendre à apprécier les joies, les couleurs de la vie, retrouver l’espoir qui construit l’humanité tout les jours. Natalia peut réapprendre à rêver, à vouloir laisser une empreinte dans sa communauté. Si aujourd’hui elle ne sait pas comment y arriver il est de notre devoir d’hommes, non, il est de notre devoir de citoyens de l’aider.

Car seuls des citoyens qui comprennent le sens de ces circonstances pressantes, de cette situation scandaleuse, de ce sacrilège insupportable, peuvent et doivent sortir du silence, pour sortir cet ex-enfant soldate de sa solitude, lui redonner le sourire, pour en cesser avec ce sacrifice humain. Et savez vous, ô chers concitoyens comment nous sortirons de ce silence, de ce maronage?!

D’abord à travers un système juridique cohérent car oui aujourd’hui ce système est insuffisant et inefficace. Dites-moi donc ce que la justice congolaise fais aujourd’hui pour juger les oppresseurs de Natalia! Où sont-ils? Et pourquoi l’effort de la communauté internationale pour renforcer les normes relative à la protection des enfants n’a-t-il pas réussi à amener les soldats responsables du viol de la mère de Natalia devant un juge ?

Comment se fait-il que Natalia ait pu finir derrière une kalachnikov à l’âge de 12 ans lorsque l’article 38 de la Convention relative aux droits de l’enfant interdit toute forme d’incorporation d’enfants de moins de 15 ans dans des troupes armées?

En outre sortir de ce silence c’est aussi réussir à prouver aux hommes et femmes politiques congolais l’intérêt de redonner aux enfants-martyr, victimes de la guerre, une envie de vivre. Car je le répète encore: si le Congo refuse de donner à Natalia un avenir, c’est le Congo qui n’a pas d’avenir.

Trop souvent la rhétorique des politiciens diffèrent de l’action. Pour ces chefs d’Etat, diriger c’est promettre sans volonté. Promettre à ces victimes et vétérans de guerre, de viol et de violence, ces visages vidé de vie, laissé dans l’oubli, devrait être de faire le voeu de changer les choses. Mais ces volontés sont vaines, ces voeux sont voués à l’échec par manque de vertu et de valeur de ces responsables de guerre qui ne veulent pas payer le prix de la violence commise.

Tout compte fait, nous devons nous indigner, nous révolter même contre cette situation incohérente que vit Natalia. Pour des individus qui plaçons la déclaration universelle des droits de l’homme sur un piédestal, nous devons faire de notre combat, la poursuite de ceux et celles qui ne la respectent pas. Natalia a été battue et violée, Natalia a été enfant-soldate. Si la justice existe, alors Natalia a le droit d’être défendue, elle a le droit de rêver d’un avenir certain. Ce qui importe c’est ses droits.

Martin Luther King n’est pas le seul à avoir des rêves. Moi aussi j’ai des rêves, Natalia veut avoir des rêves. Mais savez vous ce qu’avait Martin Luther King comme don pour réaliser ses rêves? Sa voix. Sa voix sut apporter du changement aux Etats-Unis d’Amérique. Sa voix a pu faire entendre le droit de ces frères aux Etats-Unis d’Amérique. Ce qui importe donc dans le cas de Natalia, c’est ces droits. Et nous devons les faire entendre, par nos voix, partout, tout le temps.

 

Finalement, SUIS-JE un UTOPISTE en prenant la parole aujourd’hui, en construisant cette tribune? Probablement. Mais c’est parce que j’ai confiance en l’homme, j’ai confiance en ceux qui m’ont permis de connaître l’histoire de Natalia, j’ai confiance en ceux qui m’ont permis de lever votre regard aujourd’hui sur son cas.

Ma voix suffit-elle pour vous persuader que Natalia a besoin d’un soutien continu? Peut-être pas, mais au moins elle servira de rappel aux invités de cette salle que sans notre engagement, nous ne changerons rien.  Je finirai sur cette citation : « Nos discours portent combat, nos armes sont nos mots ».

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