AIMONS LA FEMM(E)

50 Shades of Grey n’est pas un film de qualité ; filmé sans ellipses, à base de plans d’une banalité affligeante, reprenant sans pour autant rendre hommage les découpages et gestuelles scéniques, voire les répliques, de grands classiques américains. Ainsi, ces 125 minutes sont la suite logique quoiqu’édulcorée des 560 pages d’une histoire d’amour brouillonne issue d’une fanfiction basée sur l’univers de Twilight. Une histoire d’amour violente, certes, irrégulière et asymétrique, peut-être, mais suivant sans doute aucun le schéma d’une relation affective, loin de la pornographie exaltée par le Marquis de Sade. De plus, Christian Grey n’est pas un personnage, c’est une impression, celle d’un charisme retranscrit maladroitement, un non-personnage donc, auquel aucun employé de bureau ne s’identifiera. D’ailleurs, personne ne s’y attache vraiment, sa « profondeur sombre » surgit ex nihilo à la fin de cet ennuyant close-movie. De cette romance érotique sans action ni séquençage, aucun(e) coquin(e) du vendredi soir, aucun(e) jeune étudiant(e), aucun(e) père/mère de famille –tous ces e-entre-parenthèses sont l’insupportable marque d’une ridicule bien-pensance, créons plutôt un genre universel ; aucunw coquinw, aucunw jeune étudiantw, aucunw pwmère de famille donc, ne peut en tirer un bénéfice intellectuel, et encore moins un imaginaire sexuel complet, le film n’osant pas dévoiler et ne s’autorisant pas à évoquer subtilement le sexe.

Je n’aime pas me prêter au jeu des censeurs, aussi apparemment gentils, ouverts et bienfaisants paraissent-ils. Mais s’il fallait faire passer Erika Leonard et Sam Taylor-Wood devant le Tribunal de la Haute Autorité des Identités Sexuelles, des LGBT, et de la Femme, je classerai ainsi les arguments de la Défense, du plus spécifique au plus général. Anastasia étant le marqueur de normalité, personnage s’apercevant de la déviance des autres, on le peut dire que la déviance est banalisée. De surcroît, elle est la figure du pouvoir réel dans l’œuvre, car elle détient tous les possibles et Christian est son véritable esclave psychologique. Le film ne promeut pas le Bondage-Sadomasochisme, car les conditions de consentement, de sécurité et de non-permanence ne sont pas au rendez-vous. Je maintiens la liberté totale de création, y compris pour montrer le malsain.

Ce film est mauvais cinématographiquement, pas moralement. Orange Mécanique doit-il être vue comme un appel à l’ultraviolence ? Un film dystopique qui montrerait chaque adolescent français en djihadiste est-il une apologie du terrorisme ? Non. Il s’agit de deux œuvres qui font réfléchir, de deux motifs de pensée. Une œuvre ne se confronte pas, on ne pense pas d’elle, au contraire on se pense avec elle : c’est un miroir. Le féminisme détruit la construction sociale que des milliards de femmes et d’hommes ont élaborée ensemble, pas toujours en égalité, depuis des siècles avec un modèle normatif exogène. Le féminisme, en montrant aux femmes des réalités impossibles et fondamentalement réactionnaires, en cherchant à forcer les cœurs, les cerveaux et les âmes, établissant ainsi un corporatisme rempli de corpus idéologiques, de codes à connaître et de barrières à l’entrée, en faisant preuve d’un sectarisme inquiétant, et en désirant le contrôle de toutes les aires de la vie des individus. Ainsi le féminisme est un totalitarisme qui réagit à des modèles construits en y opposant de pures valeurs infondées, gagnant ainsi toute partie par différence d’échelle : c’est un totalitarisme réactionnaire et bourgeois. Le féminisme détruit, le féminisme nuit, le féminisme tue aussi. Enfin, il est de notre devoir d’esprits libres de condamner la gangrène de l’hypocrisie ; 50 nuances de gris, mais 40 millions de livres vendus, N°1 des ventes maintenu 37 semaines consécutives, vente N°1 de 2015… Tout ceci avait-il pour but majoritaire la préparation d’une critique féministe des adaptations, ou un exercice beaucoup plus solitaire ?

Enfin, l’amour porté chaque jour par un être vers un autre ne peut être réduit à un contrat à clauses de respect, de bénéfice ou de mutualité. Aimer est arbitraire, parfois inégal, et ce film montre justement que la rationalisation de l’amour est ce dont nous devons pleurer. M. Grey se rend incapable d’amour par systématisation, et cette pensée froide et réglementaire est aussi celle des censeurs modernes. Ceux qui se font passer pour les enfants spirituels des Libérateurs d’antan en sont l’exact opposé : le Comité des Bonnes Mœurs a fait son temps !

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