Regards croisés sur l’indépendantisme catalan

Article écrit par Théo Konc.

                  “¿Contra quién juega el Madrid hoy? Bueno da igual, solo quiero que pierdan estos españoles.” Si elle prête à sourire, la réaction de María -25 ans, recruteuse- n’en est pas moins révélatrice d’un climat catalan où le rejet de « l’espagnol » -en fait le pouvoir central madrilène- est bien présent. « Es que no compartimos nada, ni la cultura, ni los valores » poursuit-elle, en dénonçant l’autisme et la malhonnêteté du gouvernement central. La conclusion est sans appel « queremos la independencia ».

 

« Cuando las cosas van bien, a nadie le importa ser un poco más solidario »

Les résultats de la consulta popular no referendària sobre el futur polític de Catalunya du 9 novembre dernier (80.76% des votants favorables à l’indépendance, avec 37% de participation[1]) a imposé l’idée que l’indépendance catalane était inéluctable. A tel point qu’il est difficile de rencontrer des barcelonais prêts à rester au sein de l’Etat Espagnol. Albert -21 ans, étudiant à l’université de Barcelone- est un de ceux-là. « Ojo, que no defiendo a Rajoy » entame-t-il, selon lui la politique du gouvernement madrilène envers la Catalogne durant la crise a été une catastrophe, «castigando duramente la clase media en Cataluña ». L’étudiant critique notamment le système redistributif entre les différentes communautés autonomes mettant en difficulté les régions les plus riches, qui voient leurs capitaux s’envoler de façon disproportionnée vers l’administration centrale ; il nuance : « cuando las cosas van bien, a nadie le importa ser un poco más solidario ». Il rejette ainsi l’accusation d’égoïsme catalan. Le refus de Madrid d’approuver un pacte fiscal spécial pour la Catalogne fut un coup dur pour l’économie locale, tandis que naissait le sentiment de devoir payer pour les autres, « los andaluces ». « A partir de ahí empezó todo » analyse-t-il.

« Prefiero que las cagadas vengan de Cataluña, no de Madrid »

Alors pourquoi ne pas soutenir l’indépendance ? « No creo que la independencia sea un cuento de color de rosa » répond-t-il avec conviction. Albert s’interroge sur les coûts et la complexité bureaucratique d’un tel chamboulement politique, sans être convaincu des résultats, « quizá nos quedaríamos tal y como estamos o quizá la situación mejoraría ». Se focaliser sur l’indépendance est de la poudre aux yeux et masque les problèmes réels de la Catalogne, comme la corruption, explique-t-il. María enchaîne: « pero prefiero que las cagadas vengan de Cataluña, mi país, no de Madrid ». La sphère économique et sociale ne l’intéresse pas ; pour elle, l’indépendantisme c’est la défense de l’identité culturelle et de la souveraineté politique de la Catalogne. « Pero no odio a los españoles » se défend-elle, précisant que la montée de l’indépendantisme vient surtout de l’incompétence du gouvernement Rajoy.
Elle poursuit « la independencia ahora, los problemas internos después », sans pour autant nier que la classe politique catalane ne lui inspire pas confiance. L’indépendance ne doit pas échapper au peuple ajoute-t-elle, « a veces, los políticos se aprovechan del sentimiento nacionalista ». Pas d’angélisme donc, tous sont conscient que l’indépendantisme ne saurait représenter la solution unique aux problèmes catalans. Albert approuve « siempre habrá independentismo, parte de la población se siente catalana y les gustaría vivir en un país independiente », la conjoncture politique a attisé les braises d’un indépendantisme latent et sentimental. Même s’il ne partage pas le sentiment nationaliste, il considère que les catalans ont le droit de s’exprimer sur ce thème, et qu’ils sont les seuls à pouvoir décider de leur avenir.

 

« Rajoy no respeta la identidad catalana »

La conversation rebondit sur le particularisme catalan, et sa langue, symbole de sa différence. « ¡Te imaginas que quieren eliminar la educación en catalán ! », s’écrit María en faisant référence à la loi Wert[2], qui réduit la place du catalan en tant que langue véhiculaire de connaissances, certains enseignements devant être dispensés exclusivement en castillan. Cette réforme, largement critiquée ici, oblige également la Generalitat à payer pour les enfants qui ne disposent pas d’offre éducative exclusivement en castillan à proximité de leur domicile. Cela fait réagir violemment Albert, « no entiendo por qué algunos que viven aquí no quieren aprender el catalán », ajoutant qu’avoir suivi une scolarité en catalan ne l’empêche pas de parler parfaitement castillan. Il refuse le sectarisme culturel quelqu’il soit, « me siento las dos cosas -catalán y español-, o al menos no me gusta que me hagan escoger ». María ne partage pas cet avis, elle se sent « exclusivamente catalana ». Cette réforme a en tous cas été vécue comme une attaque contre la culture catalane, attaque qui selon elle rappelle les heures sombres de l’Espagne franquiste. Si l’assertion est exagérée, cette référence montre que le souvenir de la répression du caudillo à l’encontre des cultures régionales est toujours dans les esprits. María le confirme « Rajoy no respeta la diferencia catalana, no pensaba que uno pudiera atacarse otra vez, con tanta violencia, a nuestra identidad ».

Le constat est partagé, les solutions ne le sont pas. Entre le pragmatisme de Albert et le régionalisme sentimental de María, la CiU y ERC devront convaincre la majorité des catalans lors des élections de septembre 2015 que le processus enclenché respectera leurs intérêts.

[1] http://politica.elpais.com/politica/2014/11/09/actualidad/1415542400_466311.html

[2] https://www.boe.es/diario_boe/txt.php?id=BOE-A-2013-12886

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