Histoire d’un petit projet devenu grand

Si le Festival Art et Politique s’impose aujourd’hui comme une évidence pour les étudiants sciencespistes, cela n’a pas toujours été le cas. Saisir son histoire, c’est partir à la rencontre de tous ceux qui ont apporté leur pierre à l’édifice : les présidents du Bureau des Arts (BDA) de Sciences Po Poitiers. Par Facebook, message vocal ou coup de fil, de France ou de l’autre bout du monde, ces étudiants ou jeunes professionnels ont accepté de prendre un moment pour remonter le fil de leurs souvenirs et raconter ce qu’était le Festival Art et Politique à « leur époque », non sans une certaine saudade*.

A l’origine de cet événement, le petit cri de révolte d’un groupe d’amis, qui, au retour de l’été 2008, décident d’abord de créer ce fameux BDA. Un petit cri de révolte que résume très bien Saranne Comel, fondatrice et première présidente du BDA : « Autour de moi, il y a des gens hyper talentueux qui n’ont pas les moyens de pratiquer leur passion… c’est sacrément dommage ! ». Concilier études académiques et passion(s) artistique(s) n’allait pas de soi et c’est donc pour répondre à cette difficulté qu’est créé le BDA. Très vite, ce petit groupe d’amis, en deuxième année, se tourne vers les étudiants nouvellement arrivés pour constituer une véritable équipe et la création de l’association est officialisée en novembre 2008. Certains membres du BDA sont alors chargés de créer une troupe (il n’existait, à ce moment-là, qu’une troupe de danse !) : les Saltamontes font alors leur apparition, tout comme un groupe de photographes… et même un groupe d’apprentis-couturiers chargés de réaliser les costumes !

Dans le cadre de la création de l’association, le BDA reçoit une enveloppe de 3000 euros et devant cette somme, se pose la question de son allocation : que faire de ces 3000 euros ? C’est alors que surgit l’idée d’organiser un festival où des arts, très diversifiés, seraient à l’honneur et où, les étudiants seraient les propres acteurs du festival. Le nom du festival – Festival Art et Politique – vise avant tout à montrer qu’il est possible de concilier les deux, que l’on « peut exceller au niveau académique tout en continuant à vivre sa passion » comme l’affirme Saranne Comel, et que l’art peut également être un mode d’expression politique. Deux jours de représentations de théâtre, de musique, et de danse, ainsi qu’une exposition de photos, sont alors organisés dans une vieille chapelle pouvant accueillir une centaine de places. « Un festival très Sciences Po » selon la fondatrice mais qui, petit à petit, prend son envol.

Ainsi, l’année suivante, le Festival est désormais doté d’un thème : « La Révolution en Amérique latine ». Cette fois-ci, il s’organise en partenariat avec un projet collectif centré sur la culture cubaine. Des conférences telles que « Le rôle de la danse dans la révolution cubaine » sont alors prévues en parallèle des spectacles de danse, théâtre, batucada et musique. Mais la grande nouveauté est le lieu de ces représentations : la première soirée a lieu aux Salons de Blossac tandis que la deuxième se déroule… sur la place du Marché ! Derrière ces nouveaux lieux, se cachent de nombreuses « réunions et efforts » pour obtenir ce soutien de la mairie et c’est, non sans une certaine fierté, que Marie Sachet, présidente du BDA en 2010, le rappelle. Mais ce dont cette désormais productrice de spectacles, spécialisée en éducation artistique, au sein de l’entreprise ShakeXperience à Johannesburg, se rappelle, ce sont surtout ces moments riches en émotions qui caractérisent le festival : « le groupe de musique, Canta Historia, avait repris une liste de chansons qui avait marqué l’Amérique latine… c’était magique ! ».

En 2011, le Festival prend un nouveau tournant avec cette fois-ci, une plus grande ouverture sur l’extérieur avec notamment, un partenariat avec l’association Méli-Mélo, accueillant les étudiants étrangers à Poitiers, une publication dans le journal local, et des panneaux publicitaires dans la ville. Le thème est alors « La liberté guidant les peuples », faisant allusion au tableau de Delacroix et il s’agit ici de mettre en avant, plus spécifiquement, les indépendances latino-américaines. Cette année-là, les Saltamontes créent leur propre pièce de théâtre où une fausse dictature, au pays du Khiriman, voulait « non pas la révolution mais l’évolution » comme le raconte Florian Bercault, président du BDA en 2011 et actuel professeur à Sciences Po Poitiers en « Social Economy and Crowfunding ». En plus des diverses représentations de danse, théâtre et musique, une doctorante de l’Universidade Nova de Lisbonne, Patricia Oliveira, est également invitée pour parler de « Torre Bela : un objet d’art comme source d’expression du pouvoir politique ».

Un an plus tard, le thème est désormais complètement différent et porte alors sur « Des histoires en construction ». Mais il faudra attendre 2013 pour que le Festival connaisse un nouvel essor. Il est alors intitulé « L’occultation de l’autre » en référence à l’expression d’un anthropologue argentin à propos de la colonisation et du massacre des indigènes. Le Festival est désormais plus long (il dure alors cinq jours) et aux différents spectacles et à la conférence, s’ajoutent divers ateliers artistiques. Grâce au projet Stop & Go, des étudiants des autres campus de Sciences Po Paris se rendent au Festival.

L’année dernière, avec le thème « Au delà des frontières, mosaïques d’avenir », le Festival a vu l’apparition de nouvelles représentations théâtrales et musicales, avec, notamment celle d’une troupe de théâtre rassemblant des étudiants de Sciences Po et de l’Université de Poitiers. De nouveaux lieux ont été investis : le spectacle de danse contemporaine dans la salle des Pas Perdus, tout comme la soirée d’ouverture au Météo, en sont de beaux exemples. Le Festival a également su s’ouvrir d’avantage aux habitants de Poitiers, comme le montre cette foule sur la place du marché (malgré la pluie !). C’est ce que Camille Girard-Chanudet, présidente du BDA en 2014, considère comme « la plus belle réussite du Festival de l’année dernière ».

Au delà d’une simple succession d’acteurs, d’événements, de thèmes et de nouveautés, l’histoire du Festival Art et Politique, c’est aussi – et surtout – des souvenirs où se mêlent efforts, organisation monstrueuse (« c’était le gros bordel pour ramener tous les gens là-bas » disait ainsi le président du BDA en 2013 pour parler de la représentation théâtrale à Buxerolles !), stress, joies, fiertés, émotions et aujourd’hui, nostalgie. Les témoignages de ces anciens présidents du BDA en sont la preuve. La rapidité et l’enthousiasme avec lesquels ils ont répondu à mes questions le confirment. Cette expérience peut même avoir un impact bien plus important : certains travaillent aujourd’hui dans la culture, telle cette ex-présidente du BDA vivant en Afrique du Sud ou encore une autre fondatrice du BDA, en charge aujourd’hui de l’organisation du Festival CASA, l’un des plus grands festivals de théâtre latino-américain… et d’autres l’envisagent.

Mais surtout l’histoire du Festival montre que cette jeunesse peut bel et bien « se lever » pour défendre ses convictions. Alors espérons que ce désir de se « lever » ne s’éteigne pas et que les recommandations de Camille aux prochains organisateurs deviennent réalité : « continuez à faire grandir le festival, et puis surtout à le faire sortir de Sciences Po, à en faire un vrai, beau festival pour vraiment tout le monde ! » !

*La saudade est un sentiment typiquement portugais, et quelque peu intraduisible mais dont la signification se rapproche le plus du terme « nostalgie » en français.

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