Certaines ambivalences de Sciences Po

Au risque d’ébranler la paix intérieure dans laquelle je vivais, je me suis un jour posée cette fameuse question bateau : Pourquoi. Une question bien irritante si on y pense bien, ce fameux pourquoi. Pourquoi je suis à sciences po ? Pourquoi cette vien dont je me couvre est-elle la mienne ? Pourquoi pas autrement ? Parce c’est bien. Sciences Po c’est bien, c’est reconnu, cela fait de moi une Sciencepiste. Quelqu’un d’accomplit probablement, ou en voie d’accomplissement du moins, d’accomplissement social, personnel, moral, intellectuel. J’apprends à gérer les relations entre les hommes. Quelle belle tache. Quelle belle blague aussi. Nous avons tous été perçus comme dignes, talentueux à souhait, croustillants de promesses, de futur, capables. Capables de quoi au fond ? Aujourd’hui, j’ai passé l’aspirateur pour la première fois de ma vie. La semaine dernière, après une année à Poitiers, j’ai croisée une prostituée poitevine pour la première fois. Enfin « poitevine » c’est un bien joli mot pour une réalité bien différente, je suppose. Probablement une fille qui vient d’Europe de l’est ou du Maghreb (jouer sur les probabilités c’est jouer sur les clichés quand on y pense). Je l’ai vu sous l’abri-bus alors que je me suis juste éloignée de dix minutes à pied du centre-ville, connu peut-être mieux que les lignes de ma propre main. Si lointaine des réalités locales, des réalités des autres en fait, du monde, de cette société que l’on prend tant de temps à analyser pour réussir son partiel. Vraiment. C’est drôle. On est les futurs top niveau. La gauche caviar ? J’exagère sûrement. Tout de même, le maire nous a fait l’honneur de débiter ses fameux discours pompeux pour notre rentrée solennelle. On est bien sage, on fait semblant d’être attentif pendant 1 petite heure. Après on aura le champagne et les petits fours. Ça en vaut la peine. La peine du monde, la peine du ciel et de la terre, qui sont là, dans leur beauté statique à nous entourer tous. Sans différence. La différence ce n’est pas nous qui la faisons. Elle nous préexiste. Ce n’est pas nous qui avons construit le toit sur nos têtes et les murs qui nous encerclent. On est dedans pourtant. Il faut bien qu’ils servent à quelque chose ces murs, c’est sûrement pour ça. Et puis les nuages, au fond, on en a vu un on les a tous vus. On en revient donc au pourquoi, ce fameux pourquoi. Je ne sais pas y répondre en fait, il m’entrave la gorge, me donne envie de gueuler. Gueuler des trucs qui ne sont pas dans le dico. Pourquoi ils n’y sont pas ? Parce que c’est des mots de gens en colère sûrement, de gens qui en ont marre. C’est pas bien vu d’en avoir marre. Et comme ce qui n’est pas bien vu devient souvent ce qui n’est pas bien, il n’y a pas de gros mots dans le dictionnaire. Un monde sans merde, sans fais chier, sans putains. Comme le centre ville. Nous ne le choisissons pas. Nous sommes jeunes, insouciants, sincères, heureux. Nous sommes simples. Et quand on veut commencer à ce compliquer la vie, à se demander pourquoi, on devient plus ou moins inadapté tout à coup. Tout nous parrait distant. Distant de la réponse inaccessible à cette éternelle question : Pourquoi ? Peut-être que la meilleure question à se poser c’est pourquoi pas.

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