Crise et corruption au Brésil : La faute à Dilma Rousseff

8 juillet 2014. La Mandschaft allemande écrase 7 à 1 le Brésil, brisant le rêve du 6ème titre mondial, en semi-finale d’une coupe du monde déjà controversée. Humiliation, frustration, colère, une gigantesque énergie se dégage de la société brésilienne déprimée. On cherche des responsables, voire des boucs émissaires, l’opium du peuple ne fait plus effet, et les classes populaires et moyennes se tournent vers les hautes sphères du pouvoir.

Dilma Rousseff, candidate à sa propre succession, déjà au plus mal dans les sondages suite à la douloureuse organisation de la Coupe, encaisse les coups, et le Partido Trabalhista (Parti des Travailleurs), parti de l’emblématique Lula et au pouvoir depuis 12 ans, sombre peu à peu dans les sondages.

Septembre 2014: l’explosion Petrobras

Lorsque Paulo Roberto Costa, ex-haut dirigeant de l’entreprise pétrolière publique Petrobras, empêtré dans une affaire de raffinerie surfacturée, révèle pour obtenir une réduction de peine un vaste système de pots-de-vins impliquant le PT et le géant pétrolier, tout explose. Le verre, déjà bien rempli par le scandale du Mensalão (vaste système d’achats de voix de députés par le PT au Parlement), déborde. Du pain béni pour la droite brésilienne (incarnée par les Socio-démocrates de Aécio Neves), qui pousse les brésiliens à descendre dans la rue.

“Dilma impeachment”, “Fora PT”, “Fora corruptos” et parfois de choquants appels à un coup d’Etat militaire (comme celui de 1964 qui a plongé le pays dans 20 de dictature) font partie des slogans scandées dans les rues de São Paulo et Rio. La côte de popularité de la Présidente tombe à 8%, les têtes commencent à rouler de plus en plus haut dans la hiérarchie du pouvoir (allant jusqu’au trésorier du PT, mis en examen) et des grands acteurs économiques (démission de la PDG de Petrobras), dans le cadre de l’Opération Lava-Jato destinée à “laver” les hautes sphères de la politique brésilienne. Petrobras, symbole de l’émergence brésilienne, s’enfonce, emportant dans sa chute des pans enti ers de l’économie brésilienne et plongeant le Brésil dans une récession sans précédent (-2%), aggravée par le ralentissement de la Chine.. La classe moyenne qui s’est développée sous Lula encaisse directement les coups. Bref, retour à la case départ.

Un tunnel… Une lumière?

Une chose est sûre: la lumière n’arrivera pas de sitôt tant que le Brésil ne sera pas sorti de la spirale de la critique à l’individu, de la recherche de responsables, du débat sans fond aggravé une frustration dû à la chute de la classe moyenne, au retour de la violence et au défaites sportives. Le Brésil doit se remettre en question, trouver les défaillances structurelles qui sont des machines à corruption et à détournement d’argent. Lorsque l’on analyse le débat au Brésil, on trouve essentiellement des volontés pures de répression (en témoignent le débat sur la réduction de la majorité pénale ou l’opération Lava – Jato) et de détournement des vrais problèmes. Par exemple, la crise hydrique et énergétique dont souffre actuellement les brésiliens du Sud-Est est systématiquement attribuée à une mauvaise gestion, sans que le problème de la destruction de la forêt amazonienne d’où provient l’essentiel de l’eau de cette région ne soit soulevé. En outre, lors de l’affaire du Mensalão, o ù il s’est révélé que le PT aurait fait passer des lois à grands coups de pots-de-vins, pratiquement personne ne s’est demandé s’il est vraiment possible de gouverner un pays où une trentaine de partis se partagent le Parlement et où par conséquent il est impossible de former une majorité claire sans utiliser l’appât du gain.

Le Brésil a donc besoin de sang froid, d’un débat plus axé sur la remise en question et sur la construction plutôt que centré sur la destruction et la répression. Le Brésil doit se réformer structurellement, aller chercher un appareil politique plus démocratique plutôt que d’en réclamer la destruction (référence à ceux qui veulent répéter l’erreur du coup d’Etat de 1964). Ceci peut passer par la démission de l’exécutif en place… ou pas. Il faut s’attaquer à la structure plutôt qu’à ceux qui la compose. Et la, oui, le Brésil, pourra revenir sur les rails de l’émergence et du progrès social.

Jules Boudier

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