Le cas Aylan Kurdi

C’est toute notre vieille Europe qui se questionne à l’heure où une première vague de migrants pénètre sur le territoire français. Car personne n’a pu échapper à l’omniprésence de « la photo », ce cliché que l’on enseignera sans doute avec un ton grave dans les livres d’histoire et qui, forte de son futur prix Pulitzer, viendra prendre sa place au côté des tanks de la place Tianamnen. Cette image qui a secoué l’Europe tel un séisme, envahi nos réseaux sociaux, monopolisé le débat public, et remis en question jusqu’à l’assise politique de David Cameron. Cette image, enfin, qui semble être à l’origine de réactions concrètes autour de la question de l’accueil des réfugiés.

Car plus qu’aux annonces quasi quotidiennes des centaines de décès qui surviennent en Méditerranée, c’est à un décès en particulier que nous avons décidés de porter attention. Alyan Kurdi avait à peine trois ans. Issu de la ville de Kobane, centre névralgique du conflit syrien depuis maintenant deux ans, il a trouvé la mort dans un énième naufrage de l’un de ces bateaux rongés par la rouille que les passeurs de migrants sacrifient à la mer. Retrouvé sur une plage turque, il a fait la une de toute la presse informative européenne. Son corps sans vie a transformé nos réseaux sociaux en en un incessant bouillonnement de honte, de dégoût, de surprise, mais avant tout en une déferlante de réactions bien pensantes qui frôlent l’hypocrisie. Car comme pour les évènements de Charlie Hebdo, l’Europe, et tout particulièrement la presse écrite, choisit soigneusement les sources de son apitoiement. Et tout comme les victimes de la tuerie du 11 Janvier, l’enfant est porteur de symboles : Là où Charb et sa clique représentaient cet idéal républicain qu’est la liberté d’expression, Alyan choque pour la totale impuissance que son corps inerte exprime.

La vague de bons sentiments qui a électrisé le vieux continent ces derniers jours comporte son lot de satisfaction. La France accueillera sur les deux ans à venir 24 000 réfugiés Syrien, geste symbolique mais goutte d’eau dérisoire pour ce peuple qui fuit le berceau de nos civilisations. Car là encore, une minorité cristallisera la volonté d’absolution de la majorité du continent. Car pour beaucoup encore, partager la mort d’un enfant, c’est s’excuser de la mort de tous les autres. Et se prononcer comme étant en faveur de l’accueil de migrants, c’est leur ouvrir sa maison.

Cette hypocrisie latente rappelle là encore les attentats de Paris. Si les manifestations s’y déroulaient avec l’islamophobie en toile de fond, les actuelles mobilisations s’apparentent parfois à un immense purgatoire. Le sentiment d’union nationale autour d’une émotion supposément inextinguible bat déjà de l’aile, certaines mairies n’acceptant d’accueillir que des réfugiés chrétiens. Et aussi méprisable soit leur intention, elle aura au moins eu le mérite de provoquer une nette prise de recul.

Car le choc qu’a représenté cette image est également la conséquence d’un certain voyeurisme de la part de la presse internationale. Au-delà d’un cliché qui fait vendre, des interviews ont été réalisés avec le père de d’Alyan. Sous le choc, l’homme répondait aux questions du journaliste, ne sachant pas qu’il serait ensuite doublé en français par une voix aux inflexions volontairement dramatiques. Personne n’a le droit de faire d’un tel drame un semple de téléréalité.
 Au-delà de ce sensationnalisme, l’enfant aura provoqué une prise de conscience. Il est néanmoins indispensable de ne pas plus s’étendre sur le cas d’Alyan Kurdi : 22 000 sont déjà morts en Méditerranée. Et ce cliché qui envahit nos écrans demeure en vérité d’une effrayante banalité.

Paulin Barcat

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