Iberutopia ?

La récente disparition de notre chère plaque rose « Campus de Poitiers : Amérique Latine – Espagne – Portugal » m’amena à me poser une question.

Qu’en est-il des relations entre les deux pays de la péninsule ibérique, au-delà de leur coexistence paisible à l’entrée du campus de Sciences Po à Poitiers ?

Une recherche rapide sur Google me permit de savoir que géographiquement, ces deux pays semblaient appartenir au même bloc carré de terre (que certains géographes pointilleux nomment « péninsule ibérique»), qu’ils avaient tous deux un amour tenace pour le ballon rond et enfin qu’ils étaient de joyeux membres du sympathique groupe des PIGS (le groupe de pays avec qui le FMI et les agences de notations aiment organiser des apéros rosette-vin du pays). En bref, pas grand chose.

Mas e além disso ?

Espagnols et portugais partagent beaucoup historiquement et culturellement : deux langues très proches, deux longues dictatures au XXe siècle, une culture commune de la mer et de la navigation, une apogée et un déclin relativement similaire… L’idée n’est pas de lister les similitudes tant elles sont nombreuses.

L’idée d’un espace culturel et politique ibérique paraît donc assez logique. Pourtant ce concept est systématiquement ignoré par les politiques des deux pays comme par leur opinion publique qui, au mieux, traite le voisin au mieux avec indifférence, voire un brin de dédain.

On semble bien loin de la relation de « meilleur ennemi » qui unit le Royaume-Uni et la France.

La perspective d’une union politique suscite peu d’enthousiasme de part et d’autre de la frontière (lors d’un sondage réalisé en 2013, 40% des portugais se prononcent pour et 30% des espagnols). Celle d’une union fiscale recueille plus d’avis favorables, mais elle reste pour l’instant de l’ordre du débat d’idées puisqu’aucune discussion à ce sujet n’a été entamée par les gouvernements des deux pays. La plupart des citoyens sont mêmes incapables de citer les noms des dirigeants politiques des deux pays (la palme revient à l’Espagne où seulement 1,2% des sondés connaissent le nom du président portugais).

Selon Mariano Fernández Enguita, professeur de sociologie à l’Université de Salamanque, les deux pays ne possèdent qu’une connaissance « triviale et banale » de la culture de l’autre. L’ibérisme n’est donc ni une réalité ni une utopie. Ce courant, né au XIXe siècle qui défend l’amélioration des relations et le rapprochement des deux pays est aujourd’hui tombé en totale désuétude et considéré comme une lubie farfelue d’intellectuels.

Pourtant, pour un étranger, la cohérence et l’intérêt d’une collaboration accrue sont évidents. N’est-elle pas d’ailleurs en germe ici et là ? Dans la vallée du Douro, proche de la frontière avec l’Espagne, les personnes âgées dans les petits villages parlent quasiment tous un français parfait. Beaucoup sont revenus au Portugal pour leur retraite après avoir travaillé en France. Aujourd’hui, les nouvelles générations se tournent vers l’Espagnol. Ils parlent de perspectives professionnelles au Brésil mais aussi dans l’Amérique Latine hispanophone. Ils séjournent souvent en Espagne, ont des amigos et des novias espagnols, parlent un espagnol teinté d’intonations lusophones.

Avec eux, l’ibérisme se met à exister, sous la forme d’une série de perspectives d’avenir et d’amitiés. De part et d’autres de la Raya et dans les rêves de départ vers l’Amérique Latine, la proximité entre les deux frères ibériques apparaît tranquille et évidente.

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