Les inégalités dans Poitiers

En essayant de faire bien, on fait parfois mal. Ou du moins on fait pas si bien que ça. Bref, à Poitiers, on est sur un plateau, et gérer la cohésion générale de tous ces charmants petits concitoyens poitevins, c’est pas du gâteau. Des belles cravates et des bonnes intentions ne mènent pas toujours à des bonnes décisions.

Il y a trois ans, il a été décidé d’un accord plus ou moins commun par les politiciens de Poitiers de reconvertir le centre-ville, source de la grande majorité des échanges sociaux, économiques et commerciaux, en une zone piétonne. Certes c’est plus qu’agréable, pour nous qui y vivons, de ne pas se lever tous les matins dans une atmosphère de pollution et dans un brouhaha infernal de grande ville. Néanmoins, en se souciant du beau, du doux et de l’agréable on en arrive à oublier l’utile et c’est pourquoi rendre le centre-ville piéton a je le crois difficulté la vie quotidienne d’un certain nombre de poitevins, notamment les petits commerçants.

Rue de la Cathédrale par exemple, il se trouve une petite boulangerie artisanale où l’année dernière je prenais plaisir à acheter mes baguettes. La boulangère m’avait un jour confié que depuis le réaménagement du centre-ville elle avait beaucoup plus de difficultés à arrondir ses fins de mois. Les voitures ne passant plus par la rue où se situe son commerce pour accéder au centre ville, sa clientèle s’est restreinte essentiellement aux personnes résidant à côté de la boulangerie. En effet on peut comprendre que ses anciens clients, accédant désormais au centre-ville par d’autres voies d’accès, ne fassent pas de détour à pied pour acheter leur pain ou leur croissant chez elle étant donné que l’on peut en trouver d’aussi bons (et même moins cher) aux cordeliers ou à la mie câline.

Cet exemple n’est pas un drame personnel et jusqu’à aujourd’hui ma chère boulangère n’a pas fait faillite, mais ce n’est pas un exemple isolé, et il peut emmener à repenser l’organisation urbaine de la ville de Poitiers. En difficultant l’accès des voitures au Centre-Ville on crée une bulle de vie agréable au détriment de l’approfondissement des inégalités sociales de la ville. En limitant les zones d’échange où chacun peut faire du profit et s’intégrer socialement à un périmètre aussi restreint on exclue ceux qui se situent en dehors de ce périmètre de nos programmes et objectifs de développement urbain.

Mais si la société commence par l’individu, pourquoi se séparer les uns des autres ? L’illusion d’une richesse et d’un confort de vie pourrons-t-elles continuer éternellement tant qu’ils dépendront de l’exclusion et de la pauvreté de nos voisins ?

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