A la pluie poitevine, aux portraits de saints, aux banderoles colorées et à l’échange

Nous avons rencontré mardi une famille de quatre réfugiés syriens, de confession chrétienne, qui a obtenu l’asile politique en France. L’échange a eu lieu à l’association Saint-Vincent de Paul qui s’occupe notamment d’aider les personnes arrivant en France. Nous arrivons au local de l’association sous une pluie battante et nous entamons la conversation dans le jardin puisque le père nous explique qu’il aime le bruit de la pluie. Face au déluge, nous entrons dans le local, une vieille maison un peu désuète où nous fixent les regards des saints et des différents papes accrochés au mur. La moyenne d’âge des membres de l’association doit tourner autour de 70 ans. Depuis le début de la crise migratoire, l’effectif des personnes aidées par l’association a quasiment doublé, passant de 50 à 150.

Les enfants traduisent pour leurs parents les questions que nous leur posons. Originaire d’un village près d’Alep, la famille a déménagé à Homs avant de partir pour la France rejoindre de la famille. Le séjour qui devait être temporaire devient permanent au vu des nouvelles qui leur parviennent. Après une année, ils obtiennent le statut de réfugié politique, malgré les difficultés administratives et la barrière linguistique. Aujourd’hui, les deux enfants sont scolarisés au lycée Pilote. Les parents prennent des cours de français par le biais de l’office de l’immigration et de l’intégration et aident à l’association.

Au fil de la discussion, nous apprenons que des membres du groupe armé Al Nosra ont pris leur maison et l’entreprise d’huile d’olive familiale. Nous comprenons à demi mots que le refus de la communauté chrétienne en Syrie de prendre les armes contre le régime d’Assad les a mis en danger. Ils regrettent la Syrie mais aussi le régime d’Assad qui leur permettait de vivre paisiblement. Leurs paroles contrastent avec le discours européen.

Enfin, ils demandent de l’aide. Pas pour eux, mais pour les autres, pour ceux qui sont encore là-bas.

Le lendemain, nous nous rendons au rendez vous que le collectif DNSI organise tous les premiers mercredi du mois sur la place du Palais de Justice. Le collectif DNSI, regroupement de partis politiques, syndicats et associations, existe depuis maintenant cinq ans et milite pour améliorer la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile qui arrivent à Poitiers et surtout pour informer les poitevins. Là encore, les jeunes sont rares.

Comme chaque mois, les militants déroulent une banderole, discutent avec les quelques passants curieux. Yvon Placais, le responsable du comité prend la parole pour parler des actions du mois et des projets. “A ceux qui disent que ce n’est rien, je réponds que c’est déjà ça” explique Yvon Placais.

Il existe sur Poitiers un réseau d’associations et de collectifs qui s’efforce d’aider les migrants et les demandeurs d’asile. Leurs actions, leurs objectifs et leurs idéologies sont variés et parfois s’opposent. Cependant la relative petite taille de la ville rend leur travail plus efficace et évite de se perdre nous explique l’une des membres de DNSI qui accompagne régulièrement des nouveaux arrivants à la préfecture pour les aider dans leurs démarches.

La ville, elle, accueille encore relativement peu mais bien. Plusieurs familles syriennes sont arrivées depuis septembre et la ville s’apprête à recevoir un groupe d’une vingtaine de familles soudanaises qui arrive de Calais et qui sera logé dans un immeuble mis à disposition par la ville.

Compatir nous le faisons tous. S’enflammer aussi, particulièrement parce que nous sommes jeunes et donc par conséquent, un petit peu lyriques.

L’idée d’écrire un article informatif sur les migrants à Poitiers nous est rapidement sortie de la tête. Trop ambitieux. Ce qui nous a frappé c’est combien nous oublions d’échanger. Au fil de notre discussion de mardi, nous avons réalisé que cette famille, en acceptant de nous rencontrer et de nous raconter leur expérience, nous offrait beaucoup. Nous étions dans la position de celui qui apprend, qui prend note, qui découvre.

Le paysage médiatique est encombré par beaucoup de questions : accueillir ? Non ? Oui ? Si oui, comment ?

Et apprendre, échanger et s’instruire ?

Peut-être que si l’on a du mal à donner, c’est parce que l’on n’a pas su recevoir les histoires, les connaissances que nous apportent les migrants. Avec les flux de migrants qui arrivent vers notre vieille et timide forteresse Europe, c’est une histoire à mille voix qui s’écrit. Aidons, car nous en avons le devoir et écoutons, car nous sommes autant d’humains qui s’ignorent.

Nous sommes un petit groupe de sciences pistes poitevins à vouloir nous rendre à Calais au début des vacances de décembre afin d’aider dans la jungle. Nous invitons les personnes qui seraient intéressées à nous contacter.

« Es como un fenómeno de ósmosis: uno le da a ese pueblo que lo recibe lo mejor que tiene y ese pueblo le devuelve cosas a uno. », Mario Benedetti.

Article écrit avec Erik Da Silva

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