Reprendrez-vous un bout de polémique ?

Et aller c’est reparti. Pire encore, ce sont les 1A, ces petites créatures informes qui commencent à peine à appréhender Sciences po sous tous ses aspects, qui s’y mettent. A alimenter le « scientrisme » en lui consacrant nombre d’articles. Mais après tout amusons nous de cet apparent paradoxe et tentons de faire une sévère entorse à la règle, avec un insuccès programmé.
On dirait souvent que le Chaboureau cherche désespérément à remplir les trous laissés par l’ennui avec une agitation parfois factice. Et je ne présente pas ici un défaut rédhibitoire sinon une caractéristique subjective basée essentiellement (comme de coutume) sur mon propre ressentit.
Parce que franchement, Facebook, on adore ça. Quand la toile se met, sous l’effet de rafale de notifications, à littéralement se convulser, j’admets volontiers qu’une malsaine excitation a tendance à m’envahir. Mais comment se fait-il qu’un tel syndrome m’atteigne, moi, ex-réfractaire à cette infernale machinerie ?

Une réponse m’est rapidement venue à l’esprit : dans notre petit Chaboureau, les relations sont entièrement institutionnalisées, et ce de manière parfois purement artificielle. Les associations et différents projets co sont les instruments de cette fragmentation. Sans que nous ayons pu l’imaginer, nous avons choisi dans le plus grand des enthousiasmes une orientation idéologique, un lobby, et déjà entériné nos relations avec des ennemis institutionnels. En découle alors une identification quasi systématique de l’individu à son engagement associatif : la volardienne est une folle, le muraliste un chieur, sciences polémique un ramassis de grandes gueules sans fond, Niños la mignonne petite asso qui donne des cookies aux indigènes. A partir de là se crée le plus souvent un fort sentiment d’appartenance à notre groupe qui se nourrit, plus que tout, de sa rivalité avec les autres. D’où les fameuses polémiques.
Car soyons honnêtes, sans la traditionnelle fragmentation sciencepiste, celles-ci n’auraient jamais dépassé la revendication individuelle et aucune action collective n’aurait pu voir le jour. Mais ici on s’amuse : qui s’attaque au travail d’une association s’en prend à tous ses membres qui constitueront un véritable lobby de l’humour et de l’éloquence. Lobby dont Facebook reste la principale plate-forme d’expression.
Les exemples sont foison, le plus éloquent ces derniers temps restant la magnifique « polémique des bus » opposant trois acteurs : les 1A, l’administration et le BDE, dans une bataille qui restera dans les mémoires pour son ampleur médiatique. Pourquoi éloquent ? Parce que sur la base d’un malentendu, les réactions se sont transformées en véritables tribunes de presse, en appelant à des valeurs aussi ancestrales qu’incontournables. Un régal pour notre journal, que financent d’ailleurs, je vous le rappelle, les Illuminatis.
Et c’est ici que l’entorse à nos habituelles déblatérations nombrilistes surgit. Tout ça est fantastique.

Parce que le portrait des associations que je viens de brosser est bien évidemment erroné jusqu’à la moelle. Bien sûr, chacune d’entre elles démontre une partie de la personnalité de chacun. Mais celle-ci est infime de par la capacité de tous à vivre à sa manière son engagement (aussi futile puisse-il paraître). Les amitiés et improbables combinaisons de projet co, bien que le volar-sciencespolémique soit une espèce en voie de disparition, en sont la preuve formelle : le corporatisme à Sciences po est avant tout de surface et n’aurait pu, ailleurs, susciter chez la majorité d’entre nous la grisante sensation de l’action de groupe. Ces relations sont en effet plus que tout enseignement dispensé ici la meilleure garantie d’un apprentissage. Nous nageons dans un microcosme ultra politisé régi par des règles tacites et des aspirations qui ne sont souvent pas les nôtres. Il m’arrive ainsi d’ouvrir la bouche pour entendre d’autres idées que les miennes en sortir. Parfait. Nous nous découvrons des engagements, des groupes de pression, des saintes colères, des rivalités, des idéaux, des combats. Parfait encore. C’est foncièrement amusant et carrément instructif. Vautrons nous dans ce grand jeu de rôle qui touche de très près aux frontières du naturel parce que peu ont la chance d’y jouer. Mais si nous aimons rire, rions de ces propres règles et n’oublions jamais qu’il est à peu de chose près une initiation. Car dans n’importe quel jeu de société, dès qu’un petit malin oublie qu’il joue, c’est tout de suite moins excitant.

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