Le doux spectacle de la précarité

 

A l’été 2014, le festival d’Avignon, plus importante manifestation théâtrale en France, est marqué par les protestations du collectif « In » qui regroupe des artistes et techniciens du festival. Ceux-ci protestent contre la nouvelle convention de l’assurance-chômage du 22 mars 2014 concernant le régime des intermittents du spectacle et rendant plus difficile l’accès à ce statut et durcissant les conditions d’indemnisation. A la suite de l’appel à la grève de la CGT-Spectacle, Le Prince de Hombourg, pièce d’ouverture du mythique festival est annulé et la guerre est déclarée. Plus de la moitié des pièces programmées sont annulées faute de techniciens.

Qu’est-ce qu’un intermittent du spectacle ? Il s’agit d’une réalité juridique française créée en 1936 sous le Front Populaire qui regroupe les professionnels du spectacle vivant (artistes et techniciens).

Ceux-ci cotisent au régime de l’assurance-chômage selon des règles spécifiques qui permettent supposément de pallier à la précarité de ces professions. Une fois leur CDD effectué, les intermittents du spectacle reçoivent en plus des allocations chômage une aide financière censée favoriser leur retour à l’emploi.

Pour bénéficier de ce statut, les conditions sont exigeantes. Il faut justifier de 507 heures de travail sur 10 mois pour les techniciens et 10 mois et demi pour les artistes.

Ce régime, largement déficitaire depuis plusieurs décennies est l’objet de nombreuses critiques notamment de la part du MEDEF pour qui ce régime de « privilégiés » n’a pas lieu d’être. En janvier 2014, celui-ci demande la suppression pure et simple du statut qui concerne pourtant 2/3 des employés du secteur. Face à la montée des tensions, le gouvernement Valls adopte des mesures qui « sauvent » le régime tout en le durcissant. Le « différé » (c’est-à-dire le délai entre la perception des allocations chômage et le dernier revenu enregistré) touche désormais la moitié des intermittents, tandis que les cotisations demandées sont augmentées de deux points. Les intermittents du spectacle sont plus que jamais fragilisés et de nombreux artistes et techniciens tombent dans la précarité.

Qu’est-ce que cette crise veut dire sur notre rapport à la culture et au travail ?

Tout d’abord que l’association des deux n’est pas évidente, comme semble en tout cas le penser le MEDEF.

L’une des premières conséquences de la crise économique et sociale qui touche le pays est la précarisation de l’emploi. L’exemple du monde du spectacle est particulièrement évocateur de cette détérioration. Pas de culture si les conditions de travail de ceux qui la fabrique ne sont pas au rendez-vous.

Après tout, on serait artiste par passion et un peu par folie, alors pourquoi s’embarrasser d’une régulation ?

J’ai travaillé pendant 4 ans à l’Opéra de Lyon, qui comme toutes les grandes entreprises culturelles, emploie de nombreux intermittents, nécessaire à son fonctionnement et au bon déroulement de la saison culturelle. Toutes les personnes que j’y ai connues font leur métier avec passion certes, mais aussi avec rigueur, en respectant des contraintes, des horaires, des objectifs comme dans tous les domaines professionnels. Détruire à petit feu le régime des intermittents, c’est la garantie de la détérioration de l’offre culturelle. Le chef d’orchestre, l’ingénieur son ou le costumier est aussi un passeur. Et après tout, pas de culture sans droits sociaux. La crise est passée, mais la vague de la médiocrité continue de s’abattre, inexorablement, sur le monde du spectacle.

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