Zone 20, Ralentissez.

« C’est quoi l’article libre ? 

Celui où tu pars d’un exemple particulier pour expliquer un cas général »

Écrit à Poitiers, dans mon lit.

Pourquoi cette information me semble pertinente ? Dans un lit, on dort, on baise, on mange, on travaille, on pleure, on rit, on lit, on écoute de la musique. On peut passer plus de 30 heures du week-end, dedans, au chaud confortablement. Alors là, devant un manque d’inspiration certain, je suis dans mon lit. A chercher ce sur quoi je pourrais écrire. Tout autre article d’actualité est pris en charge par mes camarades. C’est l’excuse que je me donne. « Article libre », c’est peut-être l’occasion d’écrire sur le campus, Sciencespo et tous ces trucs autocentrés, qui manquent à certain de nos lecteurs. Mais il ne se passe rien. Pas d’embrouilles, plus de problèmes, et des soirées, qui ne cessent d’être les mêmes. Les jours passent vite. Je me surprends même à dire « beaucoup trop » vite. Voilà, je passe la journée dans mon lit parce qu’une fois que j’y suis, le temps ralentit.

Cette anecdote aussi cliché que n’importe quel film Hollywoodien, ne fait que traduire le malaise, si ce n’est de notre génération, de notre société actuelle, où le paradoxe grandit, celle des 3T – Trop, très vite, tout de suite. La fatigue est désormais notre plus fidèle compagnon, depuis que nous avons remplacé le sommeil, à la connectivité, qu’elle soit académique, technologique ou social. Cette fatigue est physique, mais aussi psychologique.

J’ai lu dans Capital, que la vitesse des connexions devrait septupler d’ici 2017. Certes je ne suis pas une experte, mais témoin de la rapidité à laquelle la technologie évolue et les conséquences que cela entraîne sur nos comportements, au point où parfois on n’arrive plus à suivre. Résultat, notre cerveau est sollicité en permanence. Le téléphone est toujours allumé, on lit nos mail le week-end, on organise les apéros sur Facebook 2 jours à l’avance, les réunions se font via commentaires, bref, on a l’impression qu’il faut être sans arrêt connecté. Ce flux incessant d’information nous pèse, nous stresse, nous avons l’impression de ne plus pouvoir décrocher.

Plus grave, le véritable diktat de la vitesse qu’on nous impose, conséquence du capitalisme sauvage. Loin de là le souhait de passer pour une marginale hippie, utopiste en sarouel imaginé par les gens « normaux » qui ne se posent plus de questions. Oui, mais voilà, entre campagne politique avec seul objectif de faire monter un sondage dès le lendemain d’une élection, crises financières aussi présentent que le sucre dans les boissons Starbucks et les inquiétudes climatiques, je suis fatiguée, et un peu dégoutée, un peu quand je e rend compte que j’ai bu la bière de trop. Devoir marcher tous les jours dans un centre commercial pour me rendre en cours ; voir la construction d’un H&M aussi grand qu’un palais royal, alors que 3 sans-abris dorment devant, m’a fait me rendre compte par exemple qu’il y avait beaucoup trop de fringues sur terre : Conséquence, le plus gros dilemme de ma vie sera de savoir quoi mettre dans ma valise pour partir en 3A – Ah superficialité quand tu nous tiens.

Productivité encore et toujours, est le mot d’ordre. Pour une étudiante telle que moi, elle cohabite paradoxalement avec la procrastination, (du moins c’est comme ça qu’on l’appelle). Une productivité nécessaire parce qu’il faut finir son exposé mais aussi parce qu’il faut faire des photos et les poster sur Facebook le plus rapidement. C’est cette productivité qui fait se dire aux sciencespistes qu’il faut trouver un appart à 5 min de Sciencespo max, et qu’on me reproche de marcher « trop lentement » (encore aujourd’hui je ne comprends pas ce que cela signifie). Mais, de façon plus extrême, c’est cette pression de la productivité qui donne au salarié l’envie de se suicidé. Alors on a plus le temps. Encore maintenant j’essaie de comprendre : je n’ai pas le temps parce que j’ai trop de chose à faire, ou parce que je perds mon temps ? Mon année est-elle passée vite parce que j’ai beaucoup profité ou parce que j’ai perdu des occasions que jamais je ne pourrais rattraper ? C’est un étrange sentiment.

Je suis toujours dans mon lit. J’ai mis l’après-midi à réfléchir à un article et à l’écrire. J’ai 50 pages à lire pour un exposé, mais je vais quand même aller au ciné. Je ne procrastine pas, je profite, je décompresse. Bref j’adopte un peu de ce nouveau mouvement qu’on appelle le « slow-life ».

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