Les 12 phrases à ne pas dire à un homosexuel (ou à qui que ce soit)

     Loin de toutes expériences personnelles, j’aimerais revenir avec vous sur quelques phrases-types que nous avons tous dites (moi y compris) et qui doivent cesser, malgré le bon sentiment dont elles proviennent parfois. Mais plus qu’une liste, j’ai aussi à cœur de vous présenter une autre conception de la « normalité » au quotidien.

1. « les gens qui ont ça »/ « les gens…tu sais ! »/ « les gens comme toi » Arrêtons euphémismes et périphrases. Comme le disait Camus : « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Telle la gêne palpable lors de dire « Arabe », l’angoisse à prononcer le mot « gay » doit cesser, même parmi les LGBT (Lesbienne Gay Bi Trans). C’est en censurant ce terme qu’on le rend déviant.

2. « J’ai un autre pote comme toi vous devriez trop vous rencontrer ! » Alors celle-ci stop. Cela vous paraîtrait absurde de proposer à tous vos amis juifs de rencontrer d’autres juifs pour qu’ils puissent « partager » ? En réalité, cette idée insinue que vous réduisez la personne en face de vous à sa qualité d’homosexuel, qu’elle reste fondamentale dans votre manière d’appréhender son comportement, ses idées, ses sentiments. C’est déshumanisant.

3. « Lui je suis sûr il est gay» / « Nan mais tu fais pas gay, j’ai toujours cru que t’étais hétéro… » (peu entendue ceci dit). Non l’homosexualité n’est pas écrite sur nos fronts, non elle ne se lit pas dans une attitude maniérée (en témoigne la définition de la virilité selon les latinos), non les lesbiennes ne sont pas toutes des camionneuses féministes en jean et les gays des précieuses en skinny. Ce sont tous des clichés que l’on rencontre peu fréquemment au sein des LGBT. Pire, la deuxième phrase se pense être un compliment ! On ne « fais » pas gay tout simplement parce que l’on « est » gay, et qu’être et paraître sont deux choses bien différentes.

4. « T’es le genre à ne tomber amoureux que des hétéros. » L’hétérosexualité, comme l’homosexualité, ne se lit pas sur nos fronts. Les LGBT évoluent dans des sociétés où ils ne peuvent pas s’identifier à la norme communément admise car la norme de leur réalité demeure leur sexualité à eux. L’hétérosexualité ne saute donc pas aux yeux comme une évidence, car les homosexuels adoptent tout simplement la même attitude que celle qu’ils attendent en retour de la part des autres. L’ouverture inattendue du champ des possibles sexuels qu’a constitué notre coming-out nous amène maintenant à penser que tout est possible et que chacun est libre d’éprouver ce qu’il veut pour qui il veut. De plus, vous ne vous posez pas la question de connaitre la sexualité de quelqu’un dans les premiers instants où vous le rencontrez ; et bien un homosexuel non plus, sauf que sa norme est différente. Qu’on ne me parle donc plus du fameux « gaydar » qui fascine tant : non, nous ne nous reconnaissons pas entre nous, ni codes secrets ni 6ème sens.

5. « Tous les mecs parfaits sont gay ! » Non. La connerie est universelle et transcende les sexualités. C’est aussi un cliché, certes assez appréciable (merci), mais un cliché tout de même.

6. « Comment peux-tu en être sûr si t’as jamais essayé avec un(e) femme/homme ? » En effet, pourquoi défendre l’ouverture d’esprit si pour s’enfermer dans un autre schéma exclusif ? D’ailleurs, beaucoup découvrent leur bisexualité grâce à cette mentalité, et par « beaucoup » j’entends homos ET hétéros. Le problème est plutôt ceux qui voient l’homosexualité comme une peur du sexe opposé ou une volonté de déroger à la norme. Le désir n’est pas construction intellectuelle, il se ressent jusque dans les tripes (ou plexus solaire pour les plus romantiques) et ne peut s’expliquer. Ce qui condamnera donc le fameux : « Les mecs sont tous des cons, je vais devenir lesbienne ! »

7. « Nan mais quand je dis pédé c’est une façon de parler » « Pédé » est une insulte banalisée dans le langage courant, et certainement le mot le plus blessant dans l’acceptation de ce que nous sommes envers nous-même et envers les autres. Il contribue à toute la négativité que renvoie l’image de gay pour une personne en pleine quête identitaire. Il est peut-être dénué de toutes idées homophobes pour son locuteur, mais pas pour ses auditeurs.

8. « J’ai toujours rêvé d’avoir un ami gay. » Deux dangers : la diffusion de clichés bien sûr + la croyance pour les homosexuels de devoir correspondre à ces clichés pour se sociabiliser. Comme si l’homosexualité-fantasmée possédait sa place dans la société homophobe.

9. « J’ai aucun problème avec les homos, j’ai un ami gay…»/ « Je ne suis pas homophobe, mais… » Vous savez, je ne suis pas raciste, j’ai d’ailleurs un ami noir (d’origine portugaise) et ça ne me dérange pas, mais tant qu’il ne me touche pas, ni mes affaires et qu’il ne rencontre jamais ma famille pour ne pas les choquer… Vous voyez où je veux en venir ? Généralement lorsqu’une phrase commence comme ça, ce qui va suivre sera décevant. Elles servent trop souvent à banaliser de flagrants cas d’homophobie.

10. « Ah nan mais toi c’est différent ! » D’accord, l’homosexualité est donc bel et bien une caractéristique capable de définir l’entière complexité d’une personnalité. C’est noté.

11. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ?! » Parce qu’avant de le dire aux autres il faut être capable de se le dire à soi-même. Parce que le coming-out est un processus tortueux qui se répète chaque jour (autant qu’il est difficile pour l’Homme d’accepter ce qu’il est). Parce que ce n’est pas une course et que ce gage de confiance ne mérite pas ce genre de réponse.

12. « Ton petit copain est pire qu’une meuf là » / « Alors qui fait l’homme entre elles deux ? » La question de l’inversion des genres est centrale dans la conception de l’homosexualité. Mais ici, le problème des préconceptions dépasse l’homosexualité. Elles renvoient jusqu’à l’image même de ce que nous intériorisons être l’homme-type, la femme-type, et leur rôle traditionnel dans nos sociétés et l’institution du couple. La femme est capricieuse, fragile et dépendante. L’homme viril (et non masculin, la différence est grande), négligeant et négligé. Mais parfaitement ! J’imagine que vous correspondez tout à fait à ces clichés répandus et que vous les acceptez totalement.

      Somme toute, explorer les préjugés sur les homosexuels nous conduit inéluctablement à considérer l’ensemble de nos préconceptions sur le monde qui nous entoure (que ce soit la masculinité, la place de la femme, les minorités, les stigmatisés…). Ce voile est le résultat d’un processus socio-historique de construction du langage basée sur la simplification, la généralisation et la réduction de la complexité du réel. La différence nous impose deux défis. Premièrement il nous faut l’accepter, la tolérer, et la respecter (dans ses hauts et ses bas). Cela est déjà difficile. Ensuite, essayons de la comprendre et de nous mettre, par notre capacité d’empathie, à la place du « différent » . Ces défis sont ceux mêmes du vivre-ensemble.

Clément Da Cruz

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