Ça va être tout noir !

« Ta gueule ». D’accord, la référence n’est pas des plus évidentes et ne trouvera écho que dans les têtes des plus franchouillards d’entre nous. Mais avec patience et un peu de temps, vous pouvez tous être à même d’en comprendre le sens.
Ces quelques mots sont en quelque sorte une institution. Un réplique qui dans de nombreuses circonstances trouvera en France un interlocuteur pour la comprendre. Parce qu’elle est issu de monuments du cinéma comique de l’hexagone.
N’allons pas mal interpréter mes propos : par monument, je n’entends pas une œuvre ayant révolutionné le septième art par sa portée émotionnelle, d’inimaginables prouesse techniques (tel l’imagerie numérique de the Matrix) ou encore une performance de jeu révolutionnaire (le terrifiant Anthony Hopkins dans « The silence of the lambs »). Je me base sur l’immense popularité que ces films ont réussi à acquérir. Par popularité je ne pense pas seulement à des recettes sonnantes et trébuchantes, mais également à un lègue conséquent à la culture des masses. Voyons ensemble les recettes qui ont fait le succès de ces classiques du cinéma au pays du « fromage qui pue ».
La « bonne » comédie française mélange à mon sens les ingrédients suivants : les personnages sont le plus souvent des clichés auto-dérisoires. Un bauf, une chipie, un gros, un moche, un mytho, un beau gosse, tous vont pousser à l’extrême leurs caractéristiques jusqu’à ne plus être qu’une grotesque imitation d’eux même. Et ça les rends fichtrement attachant.
Ces personnages caricaturaux s’apparentent, comme vous aurez pu le remarquer, à ceux d’une pièce de théâtre. Et pour cause, tel est le second ingrédient : Ces films se déroulent le plus souvent dans des lieux précis et impliquent un nombre restreints de personnages soigneusement définis et identifiés. Certains films tendent même vers un quasi huis-clos. Quel intérêt me direz-vous ? Et bien l’obligation pour les auteurs de maintenir le spectateur en haleine avec un nombre restreint d’outils.
En découlent alors deux nouveaux ingrédients : les dialogues et le scénario doivent de fait être particulièrement travaillés. Commençons par les dialogues : les répliques s’enchainent à toute vitesse dans un humour essentiellement verbal qui va pleinement exploiter les traits volontairement grossiers des personnages. Exemple avec le « moche » de «Les bronzés font du ski », Jean-Claude Dusse, et son mythique « Toi et moi on a un peu le même problème, c’est-à-dire qu’on ne peut pas vraiment tout miser sur notre physique, surtout toi ».
Le scénario tend lui à souvent visiter les délicieux tréfonds de l’absurde et de l’immoral, en témoigne la scène finale de « Le père noël est une ordure », où le glauque s’exprime avec une telle tranquillité et une telle nonchalance qu’il en devient irrésistiblement drôle. Pour ce qui est de la totale absurdité, allez chercher du côté de la bataille de poule dans le premier opus de « Oss 117 », ou encore l’inoubliable « biche volley » dans « Rrrrr » d’Alain Chabat. Ne réduisons pas le scénario à ces deux uniques caractéristiques : les fréquents semi huis-clos dont nous avons déjà parlé rendent indispensables des trames aux incessants retournements de situation tous plus inattendus les uns que les autres (on verra votre réaction devant la scène final du « Diner de con »).
Limité dans son budget, le cinéma comique français a du s’en remettre à l’astuce suprême : l’intelligence. Ils sont fins ces films, dans leur totale exagération, leur profonde absurdité et leur (parfois) explicite vulgarité. En témoigne le nombre astronomique des répliques cultes qu’ils nous ont laissés (quel français ne s’est pas déjà entendu dire « c’est sssslaaaa oui »). Son grand malheur est qu’il est inexportable car bourré de jeux de mots intraduisibles, là où son pendant américain, fabriqué à des fins d’export, répand sur le monde une insipide soupe lisse et sans saveur. C’est bien connu, on n’exporte pas ce qui nous est trop particulier (demandez aux chinois si ils envoient aux US des ragouts de chien). Donc vous qui avez la chance de parler français, oubliez cette mélasse édulcorée. Et comme disait Montebourg (avant qu’il ne démissionne) : consommez français svp.

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