La Paix naîtra à Jérusalem

“On doit laisser Jérusalem aux Juifs; c’est eux qui l’ont rendue célèbre” avait dit Winston Churchill au diplomate britannique Evelyn Shuckburg au sujet de la ville jumelle de Prague et New York.

La réalité actuelle est pourtant beaucoup trop compliquée pour laisser quoi que ce soit à un seul groupe – Jérusalem n’est pas une seule ville, mais deux. Presque 50 ans après qu’Israël ait conquis Jérusalem-Est, la ville reste aussi divisée que jamais. Avec une nouvelle vague de violences balayant ses quartiers, reconnaître cette réalité devient une nécessité de plus en plus urgente. Régler le statut de Jérusalem – en faire deux villes, l’une pour les Israéliens et une pour les Palestiniens – est le fondement vital pour tout processus de construction d’une paix durable.

Le plan de partition des Nations Unies 1947 a appelé à la division de la Palestine sous contrôle britannique en un Etat juif et un Etat arabe, mais il a proclamé Jérusalem comme une enclave indépendante sous administration internationale. Pendant la guerre de 1948 israélo-arabe, cependant, la ville a été divisée. Jérusalem-Ouest est tombé sous contrôle israélien, et Jérusalem-Est – y compris l’ancienne vieille ville – a été occupée par le Royaume de Jordanie.

La division a duré jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967, quand Israël a repoussé une attaque de la Jordanie sur le siège des observateurs de l’ONU à Jérusalem-Ouest avec succès. A la suite de cela, les Forces de Défense d’Israël ont poursuivi avec l’unification de la ville. Les deux moitiés de la ville sont depuis restée sous contrôle israélien, mais aucune n’a été reconnue internationalement comme étant légalement partie intégrante de l’Etat juif. Et aucun pays ne reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël. Pas une seule ambassade ne se trouve dans les limites de la ville; même les États-Unis maintiennent leur ambassade à Tel-Aviv.

Malgré les proclamations que la ville est unie, c’est tout sauf le cas. À l’exception de la vieille ville, les Israéliens, même les résidents de la ville, s’aventurent rarement dans le Jérusalem-Est, où la plupart des signes sont en arabe. La moitié palestinienne de la ville souffre d’un manque d’infrastructures, y compris les routes, les égouts et les écoles. Près de 85% de ses enfants vivent au dessus de seuil de pauvreté. Moins de 2% des habitants de Jérusalem-Est votent aux élections municipales, considérant que la participation donnerait une légitimité à l’occupation israélienne. Ainsi, bien que les Palestiniens constituent 37% de la population de Jérusalem, pas un seul Palestinien ne siège au conseil municipal.

Pendant ce temps, environ 3.000 israéliens ont acheté des maisons à Jérusalem-Est, où ils sont protégés par les forces de sécurité et voient leurs enfants transportés à l’école dans des véhicules blindés – une partie des services fournis aux résidents qui ont coûté au gouvernement israélien plus de 100 millions de shekels (25 millions de dollars ) en 2014. La présence des résidents, généralement marquée par des drapeaux israéliens géants, est considérée par la plupart des Palestiniens comme une provocation et est une source de tension constante.

Les deux parties de la ville sont unies uniquement dans une dépendance économique mutuelle – le résultat d’une politique qui a encouragé la venue de travailleurs palestiniens en Israël dans l’espoir que les emplois – et la crainte de les perdre – serait une dissuasion contre un soulèvement. Des décennies plus tard, la dépendance est devenue mutuelle. Quelques 3.500 des 5.500 employés dans l’industrie de l’hôtel sont des Palestiniens, de même que près de la moitié des conducteurs d’autobus publics (une courte grève des chauffeurs arabes en Novembre avait paralysé le réseau de transport de la ville).

Jamais auparavant les Arabes n’avaient établi leur capitale dans une des villes saintes du Moyen Orient. L’Arabie Saoudite avait la Mecque et la Médine, et pourtant ils on préféré transformer un village appelé Riyad en leur capitale. Les Jordaniens avaient Jérusalem, mais ils ont construit une capitale à Amman. De l’autre côté, il y a quelques 3000 ans depuis que le roi David avait établi la capitale du royaume juif à Jérusalem. Mais malgré une certaine légitimité historique, il faut chercher au delà des arguments moraux et commencer à considérer des solutions pratiques, bénéfiques pour tous.

Le statut contesté de Jérusalem a des implications pour toute la région, et a été l’un des principaux obstacles dans le processus de paix Israélo-palestinien. Alors que les premières propositions pour régulariser le statut de Jérusalem afin d’entériner son indépendance avaient été formulées, conformément au plan de partition de l’ONU, plus récemment, un consensus sur les grandes lignes d’un accord de paix entres les deux parties avait fini par émerger.

La plupart des propositions pour Jérusalem (y compris le Paramètre Clinton en 2000, approuvé par le gouvernement israélien) partagent de nombreuses caractéristiques communes. Le plus important est le principe selon lequel les quartiers palestiniens seront sous contrôle palestinien, et les quartiers israéliens resteront sous contrôle israélien. La responsabilité pour les lieux saints de la ville restera inchangée, avec l’Église du Saint-Sépulcre sous gestion chrétienne, le Waqf islamique sous l’administration du Mont du Temple, et un rabbin responsable du Mur occidental.

Et pourtant, les efforts pour finaliser un accord ont été reportées à plusieurs reprises. Les détails concernant la gestion de la vieille ville, l’administration de Jérusalem dans son ensemble, et le déplacement des résidents ont été considérés comme trop sensibles pour faire face, et les négociateurs ont préféré d’abord établir la confiance en commençant par des sujets moins tendancieux.

Cette approche s’est traduite par un échec, et, dans les années qui ont suivi, la fracture de la ville s’est approfondie. Une nouvelle approche est nécessaire. La prétention que Jérusalem est unie ne peut plus être utilisée pour masquer les problèmes structurels et leur résolution doit être une priorité, avant que la sécurité dans la ville ne se détériore davantage. Ceci est important non seulement pour le bien des habitants de Jérusalem; la régularisation du statut de la ville pourrait également donner un élan pour aborder d’autres questions. La paix dans la région ne peut naître qu’à Jérusalem.

« Priez pour la paix de Jérusalem » dit le Psaume 122:6 de l’Ancien Testament. Et c’est seulement en séparant les deux Jérusalems, avant que les choses ne deviennent plus sanglantes, que cette paix peut-être atteinte. C’est ainsi que nous pourrions maintenir la possibilité d’un processus de réunification et le rétablissement de ce berceau des trois monothéismes comme un symbole international de Paix.

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