Nos ancêtres les gaulois

« Familia mural ». C’est notre surnom. Et on en a ri, beaucoup, quand après la trop bien nommée « orgie » romaine les réunions ressemblaient à s’y méprendre à des thérapies de groupe. Tous unis dans la volonté d’oubli des mots « Samu », « mineur » et « coma éthylique ».

C’est vrai, la « familia » a parfois semblé n’être qu’un hybride disgracieux entre un asile psychiatrique  et une garderie mal subventionnée. Mais elle en était une, avec son papa d’un paternalisme de  boulevard, son gosse chiant qui donne son avis quand on n’en veut pas, son oncle qui sauve la baraque lors de « longs dimanches de mise en page » (mes plus plates excuses au long métrage de Jeunet pour l’affront qui vient de lui être fait), et sa tante chiante qui pratique avec assiduité la politique  de la chaise vide.

Dans la famille, on a un pouvoir. Aussi dérisoire  soit-il. Celui, à la manière de Diderot, de prêter à notre lecteur  les pensées et paroles qui nous plaisent. Je vais donc m’y employer.  A la lecture du titre, les plus « franco-français » d’entre vous auront donc en tête une chanson grivoise dont je tairais la suite, d’autres le bon vieux crédo colonial que l’on faisait consciencieusement répéter aux populations maghrébines qui en oubliaient presque que leurs ancêtres berbères fréquentaient leur terre depuis autrement plus longtemps. Une tentative (fortuite) de créer et exacerber un sentiment d’identité nationale. L’un des buts avoués des jeux-olympiques modernes.

En fin de XIXè siècle, Charles Maurras, connu pour être l’un des plus fervents partisans d’un nationalisme  dit « intégral » (identité par la xénophobie et la belligérance) couvrait les J.O d’un regard approbateur. Vantant dans ses écrits les qualités de la « race » française, il insultait copieusement l’Allemande, au cou épais et à l’allure frustre, et parlais de chaque victoire gauloise en des termes qui auraient été appropriés le lendemain d’Austerlitz.

Maurras est mort, vive la télévision. Les commentateurs de la petite lucarne nous ont cette année rappelé à quel point les J.O sont un catalyseur de passion comme de frustration. D’idiotie en misogynie, ils ont par exemple assené que la médaille d’argent de Sofiane Ouminha, boxeur issu de quartiers « sensibles » était, évidemment, « une belle manière de mettre en valeur le travail accompli ces dernières années dans l’intégration des populations musulmanes en France ». Au-delà de la totale inconscience de la ségrégation socio-spatiale que subissent ces populations au pays du cassoulet, le patriotisme outrancier est là. Comment oublier, aussi, les larmes de Renaud Lavillenie, médaillé d’argent en saut à la perche, qui pour une comparaison malheureuse  avec l’ambiance des J.O de 36 à Berlin, s’est ensuite fait accueillir par une pluie de sifflets réprobateurs. Quand on touche l’orgueil brésilien, il vous le rend au centuple.

Une Olympiade est achevée, une autre commence. Les installations découvriront bientôt l’oubli olympique et leur rôle de monument à l’abandon, les scandales de corruption éclateront lorsque l’on pensera bon de les révéler. Chaque nation rentre à la maison, vexée, déçue, ou gonflée d’orgueil. On vantera les mérites de Teddy Riner parce que beaucoup se seront sentis fiers d’être français grâce à la victoire d’un type qu’ils ne connaissent pas, dans un sport qu’ils ne connaissent pas. On a aussi vu des moments d’une humanité précieuse, de l’entraide, de la passion (des mecs se motivent quand même pour lancer des poids), et des moments de comédie absolument magiques. C’est sympa comme tout, les J.O. Mais la prochaine fois que l’on se réjouit d’une médaille de bronze en canoé-kayak, rappelons-nous tout de même que nous jouons un jeu qui nous dépasse. Et que le nationalisme qui teinte nos larmes de rage après une finale de l’euro (que les portos fassent moins les malins svp), Maurras ne l’aurait certainement pas renié.

 

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