Polie gamine, Polygamie

Sciencespolémiques encourage souvent cette année, et ce tout à fait paradoxalement, les formes les plus sincères d’expression personnelle dans un exercice tout ce qu’il y a de plus public. Exemple éloquent mercredi dernier, une jeune et polie gamine, dont, par pure bienséance, je tairai le nom, a revendiqué à haute voix le droit de sauter tous ses potes dans l’objectif ma foi noble de ne pas restreindre l’amitié au cadre étroit qui est parfois le sien. Cette dernière n’était alors, dans un contexte il est vrai régi par le sujet dont l’oratrice avait hérité, qu’un amour que la foi sociale en une monogamie aveugle avait condamné. Courageux combat du rhéteur contre l’avortement, celui de la relation sexuelle pour une fois. Amusé par l’idée, je me décidai à m’intéresser de plus près à une question sur laquelle le judéo-christianisme occidental a posé un voile. Paradoxal dans la République de celui que certains surnomment la grande asperge (pendant un exposé de droit, merci Rafa).

La polygamie suscite parfois des réactions confinant à la naïveté et à l’ignorance. C’est pourquoi, plutôt qu’un blabla insipide sur l’authenticité et l’exclusivité naturelle de l’amour, je me propose de débuter par un retour sur les fondements religieux de son acceptation ou de son interdiction.

Commençons par notre best-seller mondial à nous : la Bible. Il n’aura échappé à personne que notre histoire à nous les hommes, commence par celle de deux sympathiques larrons, nés l’un de la terre, l’autre d’un bout de viande du premier, et qui, après une lune de miel (ou de naissance) idyllique dans un hôtel carrément sympa avec bouffe et soleil à volonté, ont le malheur de retrouver la vraie vie. Métro, boulot, dodo, accouchement qui fait bobo, chasse, pêche et mal de dos.  La vie d’un couple sain et équilibré comme on aime en somme. Mais là où on se trompe souvent c’est qu’après « l’épisode monogamique originaire », Dieu s’est dans la Genèse un peu relâché (Genèse 4 :19) et a autorisé les hommes à avoir plusieurs femmes, mais surtout pas le contraire faut pas déconner. Et puis il précise bien que s’il accepte la pratique, il est pas vraiment fan non plus, et stipule que ce n’est quand même pas ce qu’il avait prévu au départ. Un peu le même argument que celui de la manif pour tous dont on oublie trop souvent la tolérance face à un phénomène bien sûr « isolé et qui doit rester anecdotique, pour la construction de nos enfants surtout ».

Alors après un certain temps, il envoie son fils faire une descente sur terre, parce que les hommes commençaient vraiment à l’agacer (à se demander ce qu’il attend pour le renvoyer quand 18 centrales nucléaires françaises ont des défauts de conception). Après son arrivée, Jésus s’exprime en les termes suivants : « Le Créateur, au commencement, les fit homme et femme, et dit : “C’est pourquoi, l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme ; et les deux ne feront qu’une seule chair” » (Matthieu 19:4, 5, Maredsous). La Bible renchérit avec ce qui s’apparente à une bonne vieille sanction administrative : un homme marié ne peut assumer des responsabilités dans l’assemblée locale qu’à la condition d’être « mari d’une seule femme ». La fête est finie. Et s’il est admis par des types aussi méthodiques que des juristes comme François Geny que nos mœurs sont majoritairement judéo-chrétiens, je défie quiconque d’affirmer que si l’adultère était jusqu’ il y a peu pénalement condamné en France, la religion n’y est pour rien.

Quid, donc, de la religion musulmane, puisque sa confrontation avec les valeurs républicaines est visiblement si problématique. C’est parti avec un verset du coran tellement clair que tout est au conditionnel : « Si vous craignez d’être injustes pour les orphelins, épousez des femmes qui vous plaisent. Ayez-en deux, trois ou quatre, mais si vous craignez d’être injustes, une seule ou bien des esclaves de peur d’être injustes. » (sourate 4 verset 3). Dans ce verset, la polygamie est directement liée à l’idée d’une justice faite aux orphelins. Elle doit servir, si la femme plait, à aider l’enfant de celle-ci. Et si subsiste la crainte de n’avoir épousé la femme que par désir sexuel et non d’aider l’orphelin, alors autant ne pas le faire.

Pour comprendre ce raisonnement : contexte ! Ces versets sont écrits par Mahomet à une époque où 70 des 700 premiers hommes musulmans sont tués dans une attaque des mecquois. Soit 10% d’une population masculine déjà largement polygame de par la tradition près-islamique. Et, en conséquence, un grand nombre d’orphelin sans recours. Dans le Coran, la seule raison pour laquelle l’homme peut avoir plusieurs femmes est donc largement conditionnée par le contexte historique et est invariablement rattaché à deux idées centrales aux textes en général : la justice et la protection des orphelins.

Dans ces deux grandes religions monothéistes, une réelle volonté polygame n’est donc jamais clairement affichée. Et quand elle l’est, dans le Coran, elle ne l’est visiblement que par pure nécessité pratique, ce qui est paradoxal au vu du quasi consensus autour de l’idée de la famille musulmane multifemme, là-bas, au moyen Orient, là où les cheiks encaissent les chèques. A se demander ce qui, dans l’homme, ou du moins chez les pratiquants des deux cultes précités, généralise la monogamie. Il serait intéressant, par exemple, de pousser l’analyse jusque à savoir si celle-ci, associée à la famille en générale, serait objectivement la forme d’organisation la plus à même de créer ou maintenir le lien social. Une question, bien sûr, bien trop large pour que je puisse l’aborder sans être malhonnête. Mais pour finir cet article sur une réflexion personnelle basée autant sur l’introspection que l’observation, je dirais que quoi que l’on dise de la monogamie, la jalousie est sans doute son terreau le plus fertile.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s