IRAN : L’AN 1988

Il y a 28 ans, en Iran, se produisait un massacre qu’aujourd’hui peu de gens connaissent.

En été 1988 une “commission de la mort” nommée formellement par Khomeiny commet le massacre de 30000 prisonniers politiques : 59 criminels de l’histoire vont exécuter tous ceux qui avaient été emprisonnés pour défendre leurs convictions. Avant chaque exécution, la commission de la mort demandait au prisonnier s’il renonçait à la résistance et s’il se repentait, mais la plupart d’entre eux a préféré mourir pour ses convictions et ne pas se soumettre.

Khomeiny fut le guide spirituel de la révolution islamique et fit approuver par référendum la création d’une République islamique Chiite en 1979, en gardant pour lui même la fonction de Guide suprême. Il va propulser l’établissement d’un régime autoritaire, où les partis modérés laïques et les partisans de gauche sont réduits au silence, et dans lequel les adversaires et hommes politiques de l’opposition sont arrêtes, condamnés et exécutés.

Ainsi, il crée la première république islamique de nos temps modernes en installant une théocratie chiite qu’il gouverna jusqu’à sa mort en 1989.

Mi-août 2016, un enregistrement audio sur ce massacre, qui reste un sujet tabou, a fait surface en Iran et a bouleversé la société iranienne, faisant l’effet d’une bombe dans l’opinion publique. Le défunt ayatollah Montazeri, successeur désigné de Khomeiny, dénonce, lors d’une rencontre en 1988 avec des membres de la commission de la mort, la gravité de ce carnage où plus de 30.000 prisonniers parmi lesquels des jeunes, des femmes, des familles, ont été éliminés et enterrés dans l’anonymat, dans des fosses communes.

Hamid et Azam sont des membres du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), une coalition d’organisations, groupes et personnalités, fondée en 1981 à Téhéran à l’initiative de Massoud Radjavi, dirigeant de la résistance iranienne. Le CNRI compte plus de 500 membres, dont 52% de femmes, parmi lesquels des représentants de minorités ethniques et religieuses du pays, ainsi que de l’éventail politique. L’objectif essentiel est l’instauration d’un gouvernement démocratique et laïque en Iran.

Azam, réfugiée politique en France depuis 5 ans, témoigne dans un français approximatif mais osé:

“Nous sommes des opposants du régime iranien, nous luttons pour la liberté et la démocratie en Iran, pour un pays sans peine de mort. Maintenant c’est l’anniversaire du massacre de 88, quand l’Iran communique au monde qu’il faut tuer tous les prisonniers. Et pendant 3 mois, 30.000 personnes sont exécutées.

Ma sœur était en prison parce que toute ma famille est contre les ayatollah. Nous vendons des livres et des magazines. Ma sœur était avec un papier de notre résistance Iranienne et pour une seule page contre le régime, elle a été emprisonnée pendant 10 ans. Mais avant que ces 10 ans finissent, en 1988, on l’a exécutée.

En tout, trois personnes de ma famille ont été tuées en Iran, c’est pour ça que je suis partie. Nous ne sommes pas d’accord avec l’État Iranien, parce que c’est une dictature, c’est le fascisme, c’est toujours exécuter des gens, toujours.

J’adore l’Iran, je voudrais y retourner, mais malheureusement je ne peux pas. Je n’ai pas le droit. Si nous retournions la bas, nous serions contrôlés puis emprisonnés. Ils ont mon nom. Si je voulais appeler ma grande sœur et mon grand frère, qui sont en Iran, ils seraient questionnés et emprisonnés. Je ne leur parle jamais. C’est difficile. Il y a beaucoup de choses que nous avons dû laisser pour ça.

Il y a des exécutions chaque jour en Iran. Le 26 octobre, 12 personnes. Le 20 octobre, 14 personnes. Le 9 octobre, une femme.”

Azam me tend ensuite un papier présentant les “10 points pour l’Iran de demain”, de Maryam Radjavi (M.R.), présidente du CNRI élue à l’unanimité en 1993, qui lutte pour la liberté iranienne.

Ce programme reprend des points essentiels tels que les droits de l’homme, les femmes, l’économie, la liberté de culte, les minorités nationales et les relations internationales. Pour un Iran de demain qui semble, aujourd’hui utopique, M.R. affirme entre autres la nécessité d’un suffrage universel, un système pluraliste respectant les libertés individuelles (notamment la liberté d’expression), l’abolition de la peine de mort, la séparation religion-état, l’égalité des sexes, le renouvellement du droit et de la justice, l’égalité des nationalités, l’égalité des chances, une coexistence pacifique et la disparition du nucléaire et des armes destructives.

Hamid, quelques pas plus loin, me présente son opinion sur les Nations Unies :

“Dans la constitution de l’ONU il y a le conseil de sécurité, qui a le dernier mot et qui a le pouvoir d’instaurer des résolutions contraignantes. Le conseil de sécurité est composé des grandes puissances, notamment occidentales, qui dictent leurs politiques.

Par exemple, sur la question nucléaire, on a vu que l’ONU a pris des résolutions parce que l’occident était d’accord pour empêcher le régime iranien, à juste titre, d’avoir la bombe nucléaire. Mais en ce qui concerne les violations des Droits de l’Homme en Iran, cette question ne touche pas directement l’interêt des grandes puissances occidentales.

Donc on ne voit pas la même volonté que sur le dossier nucléaire, pour approuver des résolutions contraignantes sur les Droits de l’Homme en Iran. Il y a des résolutions au niveau de l’Assemblée Générale, chaque année depuis 20 ans, qui condamnent la violation des Droits de l’Homme, mais ces résolutions ne sont pas contraignantes.

Les puissances occidentales ont de meilleures relations commerciales entre elles, et les Droits de l’Homme ne touchent pas directement leurs intérêts, contrairement au nucléaire, donc ils ne sont pas très réactifs.”

Comprendre la gravité du massacre de 88 est essentiel pour expliquer l’Iran d’aujourd’hui.

Si seulement quelques identités des membres de la commission de la mort étaient connues jusqu’à présent, l’enregistrement découvert il y a quelques mois a révélé que les principaux responsables du massacre occupent actuellement les postes les plus élevés du régime iranien, parmi lesquels le ministre de la justice, le candidat à la succession du guide suprême, le chef de la cour suprême, l’actuel guide suprême, le président de la république.. et beaucoup d’autres.

Nous sommes donc face à un crime contre l’humanité dont les responsables sont actuellement au pouvoir en Iran. Il semble évident qu’une mission d’enquête doive être mise en place par l’Organisation des Nations Unies afin qu’un jugement soit établi. En effet, l’inaction face à ce massacre a eu pour conséquence la poursuite des exécutions en Iran mais aussi dans les pays voisins tels que la Syrie ou l’Irak.

Encore aujourd’hui ces exécutions continuent, et c’est pour cela que le peuple et la Résistance iranienne demandent une enquête approfondie, ainsi que la condamnation de ce crime par les pays du monde entier. De plus, ils soulignent à quel point cet acte est  contraire aux enseignements de l’Islam. Le CNRI lance donc un appel pour appuyer le peuple iranien dans sa lutte pour la liberté.

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