L’UNESCO : « théâtre de l’absurde » ?

L’ombre du conflit israélo-palestinien ne cesse de croitre, peut-être même finira-t-elle par  assombrir l’entente internationale sur la culture et l’éducation…et bien c’est chose faite ! Le 12 octobre dernier, les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’UNESCO (Organisation des Nation Unies pour l’Education, la Science, et la Culture) qu’ils ont jugée anti-israélienne, bien vite rejoint dans leur désertion par l’Etat d’Israël lui-même.

Cette décision est un retrait de plus – peut-être un de trop – qui confirme une certaine allergie de l’administration Trump au multilatéralisme, bien souvent incarnée par Paris. Le retrait des accords de Paris sur le climat avait déjà suscité de vive réactions dans la communauté internationale, cette fois encore, les délégués américains désertent la capitale française et ne participeront plus aux débats du 7 place Fontenay (siège de l’UNESCO). Toujours dans le respect d’une doctrine auto-centrée désormais bien connue, Trump confirme la faiblesse de son intérêt pour la culture et la force de sa conviction pro-israélienne. Son geste ne constitue pourtant pas un coup de tête auquel nous sommes bien habitué, ni une césure brutal avec l’administration précédente. En effet l’UNESCO est une organisation à laquelle les états-unis n’ont pas toujours été fidèles puisque le divorce avait déjà eu lieu entre 1984 et 2003. Le reproche alors fait à l’organisation était quelque peu similaire : positionnement trop critique par rapport à Israêl et complaisance avec l’URSS. C’est finalement George Bush qui décida de renouer le contact avec une organisation symbole de la coopération internationale mais avec une arrière pensée en tête : donner aux états-unis la force de rassembler des alliés à l’international dans l’optique d’intervenir en Irak. Cette instrumentalisation de l’organisation pour la culture par les états-unis semble se confirmer dans le retrait du 12 octobre, montrant que l’attachement aux valeurs défendues par l’UNESCO ne se fait que dans leurs intérêts. Après tout , « America First » n’est-ce pas ?

Pour les diplomates, le retrait du 12 octobre dernier n’était maintenant plus qu’une formalité car il constitue l’aboutissement logique de l’accumulation des tensions . Il faut, pour les comprendre, remonter à l’entrée de la Palestine dans l’UNESCO en tant qu’état membre. En 2011, l’organisation pour la culture, l’éducation et les sciences est la première agence des nations unis à accepter la Palestine parmi les siens. Cette entrée à  placé la Palestine dans une dynamique diplomatique favorable à son intégration à l’Assemblée générale de l’ONU un an plus tard. Ce n’était bien sur pas pour plaire aux États-Unis qui, selon une loi des années 90′, ne peuvent financer une agence reconnaissant la Palestine. Ce fut donc un coup dur pour l’organisation qui vi son budget amputée de la plus grosse des contributions étrangères. Déjà, le voile d’une tension américano-palestinienne était jeté sur l’organisation.

La deuxième étape de la crise est plus récente et date de cet été. Le 7 juillet, le Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO avait voté le classement  de la ville de Hébron comme site Palestinien « d’une valeur universelle exceptionnelle en danger ». L’UNESCO s’avance ici en terrain dangereux. En affirmant l’appartenance du site d’Hébron à l’état Palestinien, elle tranche un litige très délicat. En effet Hébron est l’une des cités les plus sacrées du monde,  à la fois pour les musulmans mais aussi pour les juifs,et les chrétiens. Elle abriterait la dépouille d’Ahbraham, père des trois religieux monothéistes. Ce cosmopolitisme religieux implique forcément des tensions quant aux revendications territoriales. Israêl considère cette décision comme une spoliation actée par une organisation qu’elle qualifie de «  théâtre de l’absurde où l’on déforme l’histoire au lieu de la préserver» .

C’est dans ce climat de crise que se déroulèrent les élections pour désigner le directeur général de l’organisation de l’UNESCO. Autant dire que l’annonce du retrait américain modifia totalement les estimations qui avançaient jusqu’alors une victoire des candidats des pays arabes portés par la logique d’alternance. Or, l’heure était à la dépolitisation. Pour l’organisation, élire un pays arabe à la tête de l’UNESCO aurait été appuyer plus ou moins fort sur la balance qui oppose les États-Unis à la Palestine. La figure de l’équilibre et de la neutralité fut alors trouvée chez la candidate française, Audrey Azoulay, ex-ministre de la culture sous le gouvernement Valls,  qui l’emporta face au Quatar lors du dernier tour d’une élection bien mouvementée. La France émerge donc des eaux troubles et des ruines d’Hébron pour rassembler la communauté internationale et redorer l’image de l’UNESCO en quête de légitimité.

Au cours des derniers mois, l’UNESCO fut le théâtre d’affrontements  géopolitiques, incarnant la figure d’un multilatéralisme que les États-Unis semblent bien contents d’avoir affaibli. Mais il faudrait surement leur rappeler que la victoire se fera par le reconstruction et les réformes, et que quitter le champ de bataille constitue en soi une défaite.

-Hugo Letouzé

unesco-united-states-withdrew-flags.jpg

timedotcom.files.wordpress.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s