Les minutes poitevines

Nombreux sommes ceux qui venons de grandes villes, ceux qui venons del ajetreo, de devoir nous réveiller à coups de klaxons et de freinages d’urgence sur le chemin du lycée.
Nombreux sommes aussi ceux qui venons des pays Tropicaux, ces pays situés entre ces deux lignes imaginaires apprises en CE1: le Tropique du Cancer et le Tropique du Capricorne.
Nombreux sommes ceux qui découvrons les minutes poitevines.

Pour nous qui venons de ces grandes villes latino américaines, les journées, il y a encore quelques mois, commençaient tôt le matin. Les plus chanceux vivaient à dix, quinze minutes de leur lycée, en voiture ou transport scolaire cela va de soi, les moins fortunés à deux heures. Nous nous levions tous avec la petite crainte de l’embouteillage causé par l’accident de voiture hebdomadaire ou pire par la pluie qui paralyserait notre chemin vers le lycée. Maintenant, grâce aux minutes poitevines, les plus chanceux vivent à une minute de Sciences Po, en marchant cela va de soi, les moins fortunés à quinze. Et nous nous levons tous avec la crainte d’avoir mis le réveil plus tôt que nécessaire.
Ici nos journées sont longues. Nous avons le temps d’aller en cours, de revenir chez-nous, d’aller à la banque, d’aller en cours, d’aller au monoprix, de revenir chez-nous, d’aller à un ou des apéros et de revenir chez-nous. Nous sommes capables d’arriver en temps et en heure aux rendez-vous oubliés mais rappelés avec bienséance par des notifications facebook. A la fin de la journée, nous sommes à bout de souffle et nous nous demandons juste les yeux écarquillés si les journées n’ont vraiment que 24 heures dans la capitale de la Vienne ou si ce sont les minutes qui ont plus de soixante secondes.
A en croire par l’allure du ciel, je m’inclinerais sur cette deuxième possibilité. En effet, ici le soleil est toujours en retard. Et oui, parce que du côté des pays tropicaux le Soleil est efficace et ponctuel. Il vient nous rejoindre à six heures du matin et repart à six heures du soir, en un clin d’oeil les 365 jours de l’année. Alors qu’ici, il improvise un nouveau horaire chaque jour, il prend son temps… à 10 heures du matin toujours une faible lueur, à 19 heures pas la moindre envie de partir. Ce manque de rigueur de la part du Soleil, nous fait perdre nos repères à nous latino américains, il nous donne la sensation d’avoir encore plein d’heures avant nous alors que la montre nous indique tout simplement le contraire.

Cependant, je suis bien consciente que cette illusion de journées éternelles ne durera plus que quelques jours… que d’ici deux semaines les heures me manqueront, que je me lèverai le matin en réfléchissant quand est-ce que dans la journée j’aurai quelques minutes pour dormir et que le Soleil deviendra malheureusement un être pressé. Quand ce moment arrivera, il faudra que je me dise qu’heureusement j’habite à Poitiers et non pas à Bogota, Lima ou Mexico; parce que si ça aurait été le cas ce petit train de vie serait irréalisable. Merci les minutes poitevines!

-Ana Sofia Torres Diaz

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