Mon voyage, leur mutisme

Millions de stupas dorés bouddhistes, Moines extrémistes
130 peuples historiques, Nettoyage ethnique
Sympathie, Islamophobie
Prix Nobel de la paix, Exécutions que l’on tait
Solidarité, Peuple persécuté
52 millions d’habitants, 676 578 km2, le Myanmar, paradis touristique et enfer pour les minorités ethniques est un pays plein de contrastes.
Comment le décrire, après l’avoir visité, autrement que par des adjectifs mélioratifs : accueillant, percutant, épatant, attachant ? Pourtant, dans ce pays aux mille merveilles, se déroule un drame encore méconnu il y a quelques semaines et qui dure pourtant depuis plusieurs années. Les Rohingyas, minorité musulmane du Myanmar, sont victimes depuis des décennies de discriminations de la part de l’armée birmane, qui sont très peu médiatisées en Occident. Ces ségrégations ont ressurgi récemment, à cause d’attaques de postes frontière birmans par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas d’Arakan, voulant dénoncer leurs droits bafoués par la junte militaire. Aujourd’hui plus de 410 000 membres de cette communauté musulmane ont été forcés à l’exil.
Le Myanmar, nom officiel donné par le pouvoir dictatorial en place en 1989 à celle que l’on appelait Birmanie, est devenu indépendant du Royaume-Uni en 1948. Il est aujourd’hui dirigé par un gouvernement transitoire civil dirigé par Htin Kyaw, compagnon de dissidence d’Aung San Suu Kyi, mais l’armée, institution toute-puissante conserve la direction des ministères-clés et dispose d’un quota automatique de 25 % de sièges réservés au Parlement. Le Myanmar regroupe plus de 130 ethnies différentes possédant chacune une langue et une culture propre. 90 % de la population est de confession bouddhiste, tandis que respectivement 6 et 4% de la population sont de confession chrétienne et musulmane.
Cette richesse culturelle se traduit pour un touriste étranger par de magnifiques monuments à contempler, des dizaines de plats délicieux à déguster, une multitude de vêtements traditionnaux hétéroclites à photographier et des milliers de regards à croiser, de sourires à partager.
Mais pour les Rohingyas leur richesse culturelle est la raison pour laquelle il leur est interdit de voyager sans autorisation, de travailler en dehors de leurs villages, de fréquenter les mêmes écoles que les autres enfants, de se marier sans l’autorisation de la junte militaire, d’avoir plus de deux enfants mais aussi par la négation de leur citoyenneté birmane et leur marginalisation politique.
L’omniprésence de la religion au Myanmar se traduit pour un touriste étranger par des millions de pagodes à admirer, de multiples prières dans différentes langues à écouter et une ferveur religieuse surréaliste à observer.
Mais pour les Rohingyas ne pas croire en la même chose que la majorité des birmans se traduit par la destruction de leurs mosquées, la peur que suscite leur religion, leur privation de nourriture et de soins, leurs persécutions quotidiennes, par le viol de leurs femmes, le meurtre de leurs parents, l’exode de leurs familles, leur vie, parqués dans des camps de misère au Bangladesh.
Mon voyage au Myanmar, riche en rencontres, en sourires, en accueils chaleureux, mais pauvre en discussions politiques avec les locaux, ayant peur de la répression, ne m’a pas donné l’occasion d’apercevoir des indices sur le sort des milliers de Rohingyas vivants, ou plutôt survivants, terrés dans des camps à la frontière du Bangladesh.
J’ai aperçu dans toutes les maisons où je suis entrée des photos de Aung San Suu Kyi côtoyant celles de la junte militaire ; alors que cette dernière est responsable de ce nettoyage ethnique et que Aung San Suu Kyi, lauréate du Prix Nobel de la Paix et dont le parti est actuellement au pouvoir, ne peut politiquement pas s’opposer à l’armée avec qui elle partage le pouvoir.
Découverte, Invisibilité
Idéalisation, Processus d’épuration
Rencontres et amitiés, Assassinés et rejetés
Paradis touristique, Enfer des minorités ethniques

-Maëlys Renoux

Christian Dior, couturier du rêve

Je n’ai jamais vraiment été attiré par le monde de la haute couture. Peut-être parce que je n’avais pas spécialement envie de voir Kim Kardashian poser ses fesses sur un siège pour voir le défilé Chanel. Je n’ai pas non plus les moyens de me payer les produits issus de ce monde. J’ai donc toujours gardé mes distances avec la haute couture par manque de ressources financières mais aussi par simple manque d’intérêt. Je vous assure que je me porte bien.
Et pourtant, l’exposition Dior au musée des Arts Décoratifs m’évoquait quelque chose d’autre et je trouvais un certain attrait à aller voir de quoi il en retournait. J’y ai découvert une toute autre facette de la haute couture car on ne va pas là-bas pour voir un défilé, pour faire bonne figure devant les photographes de vogue. Non, on va voir cette exposition pour découvrir 70 ans de de créativité, d’audace, d’élégance.
C’est bien une maison d’exception que la maison Dior, un fier ambassadeur du « bon goût à la française ». Fondée en 1947 par Christian Dior, elle est une référence et un modèle depuis sa création. En effet, Dior c’est le « New look » appelé ainsi car la rédactrice en chef de Harper’s Bazaar avait dit au fondateur : « Dear Christian, your dresses have such a new look ». L’expression fît la renommée de la marque à ses débuts, quand Dior décida qu’après-guerre il fallait repenser l’apparence bien trop masculine des femmes. À travers des vêtements qui mettent en valeurs les courbes féminines, Dior révolutionne la mode post-guerre mondiale avec par exemple le tailleur Bar véritable emblème et pièce maitresse de la maison. Ce vêtement culte du monde de la mode tire son nom du bar du Plaza athénée et ancre Dior comme une icône de la mode. Véritable emblème de la nouvelle élégance des années 50 le tailleur bar a été réinterprété par nombre de créateurs et surtout par les successeurs de Dior après sa mort en 1957.
Malgré une courte période à la tête de la maison qu’il avait lui-même fondé, Dior a transmis un ADN dont se sont inspirés les créateurs qui ont pris sa suite. Toujours dans un style qui respectait l’identité de la marque ces derniers ont pris avec brio la relève du fondateur. Ils sont 7 à avoir suivi Christian Dior dans ses pas amenant chacun leur vision de ce que devait être le maison Dior. C’est ainsi que s’est créé cet imaginaire collectif qui entoure aujourd’hui ce fier représentant de la mode française. Qu’il s’agisse de l’extravagance de John Galliano qui dessinera une robe célébrissime pour la princesse Diana ou encore d’Yves Saint Laurent qui à 21 ans reprendra le flambeau de Christian Dior chacun des créateurs a su apposer son style pour rendre le nom Dior toujours plus incontournable.
C’est bien quelqu’un qui ne voyait aucun intérêt à la haute couture qui vous parle car cette exposition vous fera changer d’avis ou renforcera votre attrait pour la mode. N’hésitez pas, il s’agit bien là d’un évènement grandiose tant par le talent des créateurs de la marque que par sa conception sur 3000 mètres carrés. Une exposition qui célèbre les 70 ans d’une pierre angulaire de la culture française. Et qui s’achèvera le 7 janvier prochain.

-Antoine Lafarge